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Le Journal d'une baby-sitter

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Le Diable habite sur la 5e avenue

Inutile d’espérer, Le Journal d’une baby-sitter ne capitalise pas sur son atout sexy : Scarlett Johansson. Entre la chronique sentimentale et sociologique, le film de Bergman et Pulcini s’impose gentiment, et c’est plutôt un mal pour un bien.

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A priori, le public français ne devrait pas se sentir très concerné par Le Journal d’une baby-sitter. Les Américains ? A peine, sauf peut-être les New-Yorkais, et encore, les résidents de l’Upper East-Side, le quartier rupin par excellence. Faut-il l’éviter pour autant ? Non car le film de Bergman et Pulcini (duo du plutôt réussi American Splendor) est plus qu’un documentaire sur les tourments existentiels des classes aisées. Adapté d’un best seller, il évoque un peu Le Diable s'habille en Prada : même visite guidée d’un monde clos sur le ton de la chronique sociologique et sentimentale, même forme empruntée au récit d’initiation où l’héroïne tente de s’émanciper par le travail, même quête d’identité par l’expérience dans un milieu pourri par le fric. A ceci près qu’ici le point de vue diffère, moins sur sa conclusion que son énonciation.
Pour son premier job, Anny (Scarlett Johansson), fraîchement diplômée, préfère mentir à sa mère, ne pas postuler dans une boîte pour devenir cadre et se faire embaucher comme nourrice chez les bourgeois. Elle se cherche, c’est surtout un prétexte pour fuir le domicile familial. La fille de banlieue découvre alors un univers sclérosé et névrosé : parents égoïstes et obsédés par des principes d’éducation propres à leur environnement, enfant isolé, sans amour, et elle au milieu vite transformée en esclave.

Le film n’évite évidemment pas les clichés, il avance gentiment, sur le ton de la comédie sensible (faire ami-ami avec le bambin auquel on s’attache trop, tenter de vivre une aventure avec le beau mec qui vit au-dessus et qui n’est que la version adulte du gosse). Bergman et Pulcini ont peut-être ce défaut de ne vouloir égratigner personne (sauf le père, Paul Giamatti, en mode automatique dans son rôle d’ordure insensible), ne pas signer un portrait trop à charge, mais c’est ce qui fait l’intérêt du film qui colle au regard de son héroïne en pleine expérience de terrain anthropologique (ses études universitaires, c’était ça). Par cette idée et son illustration via des saynètes oniriques, le film trouve une certaine distance qui adoucit la caricature critique au profit d’une humanisation où chacun a sa chance. Avec ceci d’intéressant que notre belle Scarlett (quelle perversité de l’imaginer en nourrice), dans son expérience, assiste à ce qu’elle n’a pas voulu être, plutôt, ce que sa mère aurait voulu qu’elle soit : la fille qui réussit dans un job où on se fait du fric. Comme Le Diable, Le Journal est en fait un conte de métaphysique économique, l’histoire d’une nana qui choisit de ne pas appartenir à un monde, soit une fable existentielle, une quête de liberté. Pas de quoi revitaliser la lutte des classes, mais c’est ça qui est bien.

Le Journal d'une baby-sitter
De Shari Springer Bergman & Robert Pulcini
Avec Scarlett Johansson, Paul Giamatti, Laura Linney
Sortie en salles le 14 mai 2008

 

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Jérôme Dittmar


• Casting de Le Journal d'une baby-sitter

Réal. : Shari Springer Berman Robert Pulcini
Avec : Scarlett Johansson , Donna Murphy , John Henry Cox , Alicia Keys , Lewis Payton Jr. , Sonnie Brown , Georgina Chapman , Nicholas Art , Jodi Michelle Pynn , Mike Rad

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