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Pour introduire le récit d’un violeur, certains auraient pris des gants. Matthias Glasner, lui, n’y va pas par quatre chemins : il impose dès l’ouverture une scène de viol sur une plage, avec visage grimaçant de l’homme, cris de la femme et exhibition de plan-séquence. Une telle ouverture, qui ferait presque songer à du Lars Von Trier, pourra sembler complaisante. Mais si Le Libre arbitre s’ouvre sur une forme de cliché, c’est pour mieux l’évacuer et le tordre par la suite.
En effet, le choix de faire l’impasse sur neuf années de détention nous fait retrouver Théo (notre violeur) au moment où il entame une longue période de réinsertion. Cette ellipse n’est pas une façon de détourner les yeux mais plutôt de tisser un rapport très particulier entre spectateur et personnage. Ce n’est qu’une fois relâché dans le monde que Théo naît à notre regard ; corps désormais libre, il est investi d’une responsabilité nouvelle. Et cette seconde naissance nous implique intimement. S’il manque explications scientifiques et éléments biographiques pour entièrement cerner Théo, le spectateur veut faire le pari d’une réinsertion réussie.
Apprivoiser le couple

Cette relation vient s'enrichir d'une radicale vision du monde du travail. Théo est employé dans une imprimerie, Nettie travaille en cuisine et la répétition mécanique des mêmes gestes crée une frénésie du montage, qui fait physiquement ressentir un besoin de défoulement et de chaleur. Avant de s’approprier l’autre et d’accepter l’arrivée des sentiments, les amants cherchent à mettre leur énergie en commun. Et Le Libre arbitre devient alors un film sur l’éclosion, l’attente et la construction.
Construction patiente d’un style et construction patiente d’une émotion, comme dans la très belle scène de l’église où les personnages, seuls au monde, sont soudain touchés par la grâce d’une musique envoûtante. Mais cette séquence est à double tranchant : elle indique aussi l’impuissance des êtres. Décontenancés face à la beauté et l’innocence, Théo et Nettie ne paraissent pas plus armés contre la violence. Le film peut à cet instant faire le constat d’un certain déterminisme.
Quand le corps se manifeste
Si le film s’attache à trouver la tendresse lovée en chacun, il maintient une certaine froideur dans son regard. Matthias Glasner décide ainsi de montrer la nudité des personnages et de ne jamais cacher les réactions du corps dans les scènes de sexe ou de violence. Nous sommes pourtant loin d’une ultra-violence provocatrice ; il s’agirait plutôt d’un manifeste, comme si Matthias Glasner cherchait à s'opposer à une certaine esthétique en vogue. Dans cette réappropriation de la réalité du corps, une vitalité nouvelle affleure, loin des images retouchées ou des effets spéciaux.
Le Libre arbitre développe, autour des thématiques de la pulsion sexuelle et du sentiment amoureux, quelques idées connues sur l’époque contemporaine (l’omniprésence de l’esthétique publicitaire comme créatrice de manque et de frustration, la déshumanisation croissante des centres commerciaux) mais ils les intègrent à une intense dynamique intérieure, recréant un saisissant « caractère de première fois » à l'aide d' un remarquable couple de comédiens.
Le Libre arbitre
De Matthias Glasner
Avec Jürgen Vogel, Sabine Timoteo, Manfred Zapatka, André Hennicke
Sortie en salles les 30 Janvier 2008

Illus. © Jour2fête
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