Le Rêve de Cassandre de Woody Allen

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Frères d'armes

Après Match Point et Scoop, Woody Allen clôt sa trilogie londonienne avec une intrigue fraternelle plus que tragique. Un changement de ton déjà abordé mais aujourd'hui affirmé dans Le Rêve de Cassandre, une fable tout simplement efficace.

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Terry et Ian font une folie. Bien que leurs moyens ne le leur permettent pas, les deux frères, décident de s'offrir un petit voilier qu'ils baptisent "Le rêve de Cassandre". Alors que Ian tente d'épater sa dulcinée à force de démonstrations pécuniaires, Terry s'enquiert de dettes de jeu insurmontables. D'un commun accord, ils demandent l'aide de leur richissime oncle Howard qui accepte en échange d'un service peu moral.

Le règne des apparences

La fascination de Woody Allen pour la tragédie grecque ne se fait pas démentir. Maudite était Aphrodite, toute semblable apparaît Cassandre. Délaissant la high society londonienne, il choisit une famille de la classe ouvrière et dépeint un décor sobre pour mieux faire surgir le contraste entre la réalité et la vie rêvée des deux frères. Loin d'être sublimée comme le fut New York la magnifique, Londres la belle est filmée telle quelle, sans fioriture ensoleillée comme si Allen souhaitait aller à l'essentiel. Les prémices de la déchéance se lisent déjà via des figures récurrentes de l'univers du cinéaste. La jeune actrice ambitieuse peu farouche et divinement sensuelle (Hayley Atwell, double prometteur de Scarlett Johansson dans Match Point) ou l'oncle d'Amérique (excellent Tom Wilkinson) chirurgien esthétique et donc fabricant d'illusions. Evoqué dans Crimes et délits puis développé dans Match Point, le règne des apparences est ici au centre d'une histoire portée par son couple d'acteurs. La fadeur habituelle d'Ewan McGregor se voit balayée d'un revers de main par la crédibilité de son binôme avec Colin Farrell. Les deux frères sont vrais, leur accent aussi et l'osmose palpable grâce au jeu insistant et nuancé de Farrell. L'acteur de La Recrue, ex-flic à Miami prend son rôle à bras le corps et offre là à coup sûr sa meilleure prestation. Toujours déroutant, le casting de Allen est gagnant d'autant qu'il délaisse les monologues névrotico-comiques qui ont fait son succès.

Family Business

Car si le rire nous surprend parfois, c'est toujours à bon escient : pour donner de l'air à une atmosphère étouffante. Seule la famille permettait à Allen de créer cette tension et aux frères de se poser de tels cas de conscience. Les devoirs familiaux sont filmés sous tous les angles : le frère richissime est fidèle à sa sœur, le fils supporte les affaires de son père, le frère garagiste prête des voitures de luxe à son frère sans le sou. L'oncle devient le parrain qui aide ses neveux à entrer dans le clan des fortunés et Allen fait de son trio cosmopolite (l'écossais McGregor, l'irlandais Farrell et l'anglais Wilkinson) une mafia improvisée. Et le suspense naît justement du caractère novice des deux frères. Se dépatouillant comme ils peuvent, ils vont ensemble choisir leur camp mais l'assumer différemment. La scène du meurtre tant attendue est habilement mise en scène et portée par la musique lancinante de Philip Glass. Epurée, la réalisation d'Allen est en accord avec sa façon de conter cette fable contemporaine. L'économie d'effets, de mots, rares chez Allen correspondent parfaitement au ton du Rêve de Cassandre. Un ton tragique dans lequel il semble s'épanouir et aimer à se renouveler même si cette fois la passion de filmer semble avoir laisser la place à la maîtrise pure et simple.

Le Rêve de Cassandre
De Woody Allen
Avec Ewan McGregor, Colin Farrell, Hayley Atwell
Sortie en salles le 31 octobre 2007

Illus. © TFM Distribution

Vanessa Aubert Le 30 October 2007

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