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La narration épouse donc la démarche du film, celle qui a poussé Guédiguian à tourner en Arménie. Là où le cinéaste nous montre un pays en pleine mutation, en renaissance, Anna s'enfonce dans une quête qui l'amènera à découvrir la réalité du pays, à en être participante. Volonté du cinéaste, point de vue de la caméra et regard d'Anna se confondent en un seul mouvement. Cette fusion aurait pu donner une immense liberté au film. Pensons au récent Bled number one qui, par un geste similaire, donne à voir l'Algérie contemporaine, dans toutes ses contradictions, avec une puissance rare. A l'inverse, Guédiguian ne parvient qu'à figer son film dans le monumental, malgré l'apparente modestie de la démarche.
Un hommage aux contours trop prévisibles
En cela, Le Voyage en Arménie entretient plus d'un rapport avec Le Promeneur du champ de Mars, son précédent film, centré sur les derniers mois de règne de François Mitterrand. Dans cette biographie, le cinéaste oscillait en permanence entre la représentation officielle, connue, et le quotidien de l'homme vieillissant. Pourtant, malgré l'extraordinaire interprétation de Michel Bouquet, la vision ne parvenait jamais à s'affranchir d'une image statufiée du personnage. En le confrontant régulièrement aux monuments, aux vieilles pierres, aux gisants de l'Histoire, le film cherchait à interroger son rapport au temps, mais au fond ne faisait qu'édifier un autre monument sans aspérité, dédié à la mémoire de l'ancien Président. De même, dans Le Voyage en Arménie, il cherche à conjuguer l'individuel, le fini, avec l'éternel, le destin d'un peuple luttant pour son identité. Avec comme symbole de cette permanence millénaire, le mont Ararat, qui recouvre le pays de son ombre protectrice ; et qui donne à cette description de l'Arménie une couleur grise, respectueuse, évidente, sans mystère, comme un hommage de granit.
Tout cela se voudrait chantant, varié, multiple, nuancé. Comme à son habitude, Guédiguian mélange les genres et rend compte des conditions sociales et économiques de ses personnages. Il en profite pour montrer la mondialisation telle qu'elle sévit dans les pays pauvres. Trafics en tous genres, système D, prostitution, la peinture se veut sincère et lucide. Il n'empêche. Malgré cette bonne volonté, le film est plombé par sa vision trop distanciée, en plongée, comme si les vues aériennes qui le ponctuent l'écrasaient de leur point de vue globalisant, de leur assurance. Car là est le problème : Le Voyage en Arménie ne part jamais en exploration. Il sait toujours d'avance ce qu'il va nous dire, nous montrer. Tout y est trop écrit, trop attendu. Ce qui sonne le glas de la liberté du spectateur, des personnages, du film.

Le Voyage en Arménie
Un film de Robert Guédiguian
Avec : Ariane Ascaride, Gérard Meylan, Chorik Grigorian, Jalil Lespert, Jean-Pierre Darroussin, Marcel bluwal, Roman Avinian, Simon Abkarian, Serge Avedikian, Madeleine Guédiguian
France, 2006 - 125 mn
Sortie en salles : 28 juillet 2006
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