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L'histoire d'amour entre le PAF et le piaf, trublion roi de la déconne, suit son cours. Après La Beuze de Thomas Sorriaux et François Desagnat, Michaël Youn le film. Ses rires incisifs se gravent en nous et n'émeuvent pas : ils marquent.
Alors que le monde va mal et que les humains ne rigolent plus, le Dieu de la blague (un Dieudonné déjà au paradis…) n'a plus qu'une solution : Michaël Youn et sa bande. Leur mission : accomplir les « 11 commandements » de la blague pour faire rire, en repoussant les limites de la connerie. Avec comme récompense finale, le rêve de passer une nuit avec Josiane Balasko. Danser la valse en apesanteur à 15 000 mètres d'altitude (pour « faire un petit tour »), inonder une maison pour la transformer en piscine… Ici et là, cet humour passe au forceps, s'étire dans une violence transgressive dénuée d'agressivité, cherche à déplaire parfois, toujours en refusant d'obtempérer. L'autisme pointe son nez. Mais toujours se suivent paris débiles et douteux et s'empilent corps et blagues infernales (M. Frotman, par exemple, qui se frotte aux flics). En série.
Au creux du film, quand apparaît une usure, après que tout rire ou regard neutre (la bande déguisée en gay queer lave et lèche une voiture) eut été par miracle désamorcés, à l'ordre « ressusciter une célébrité des années 40 », Michaël Youn loue en réponse… Hitler. Soit Youn lui-même grimé, qui fait sa campagne (chez l'arabe du coin), la moustache et la tête hautes. S'émanciper de la bêtise et choquer pour (se) promouvoir : telles sont les velléités dérangeantes de ce passage, disons de ce Youn-là. Or l'ennui guette à cet instant et n'emporte plus rien. Ainsi, pour le comique troupier, quand touche-pipi et resucées de hard rock neuneu sont devenus communs, comment continuer à faire rire ?
Hormis la mauvaise blague sur Hitler, moins un écart qu'un passage inutile, Les 11 commandements s'apparente à une blague mastodonte, un grand rire jaune exalté. Ce comique de groupe potache se met en scène, feint de s'adapter à la rue, à la police, au tout-venant (l'aspect situationniste), et finit par saluer un parterre de passants comme autant de fans devant leur poste. La griffe trash du film plaît moins pour sa transgression que pour sa mise à nu, malgré elle, de son propre art de la chute. Michaël Youn, bourré à la vodka, qui tourne de plus en plus vite dans un cockpit russe supersonique, ressemble à un bébé filmé en gros plan. Rougeaud, le visage raidi par l'alcool tarde à se libérer. L'aspect rose de ce poupon malade, au sens strict et figuré, est emblématique. Et son vomi devient sa manière de choir. Le Jackass français (comique qui a vu le jour sur MTV), bêtement régressif, vient donc de naître, en mieux. Le film raconte l'histoire de sa chute. Une chute raide, libre.
Les 11 commandements
Un film des Real de Madrid (François Desagnat et Thomas Sorriaux), Laurent Zeitoun et Roman Lévy
Avec Michaël Youn, Vincent Desagnat, Benjamin Morgaine, William Geslin, Tefa Bonnefoi, Jurij Prette, Dieudonné, Gad Elmaleh, Djibril Cissé, Amélie Mauresmo…
Sortie nationale le 4 février 2004
[Illustrations : DR Pathé Distribution]