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Non, Les quatre fantastiques n’est pas un vulgaire objet mercantile et vide. C’est même l’adaptation la plus littérale d’un comics jamais réalisée. La suite est à la hauteur du précédent épisode, entre même légèreté et grande simplicité qu’on retrouve avec joie.
La sortie du premier épisode des Quatre fantastiques n’avait pas vraiment fait débat, partout ou presque on s’était accordé pour dire la médiocrité, sinon la nullité, du film. Pourtant quelques-uns, même ici, ont tenté de le défendre avec un réel engouement. Car oui, Les quatre fantastiques est profondément mésestimé. A des années-lumière des adaptations de comics comme Spider-Man avec ses allures entre mythe et teen movie, ou de Hulk, grand chef d’œuvre psycho-pop (hautement mésestimé aussi),
le film de Tim Story proposait quelque chose d’inédit. Une certaine simplicité, une forme de légèreté et de transparence qui nous semblait la plus proche d’un comics jamais réalisée. Sans prétention ni volonté à épaissir la mythologie du super héros, Les Quatre Fantastiques se concentrait sur l’essentiel, les pouvoirs. Il embrassait avec une candeur idéale une logique sérielle (un premier épisode conçu comme un pilote), tout en esquivant avec joie toute intellectualisation. Jamais, depuis que les comics ont envahi les écrans, une adaptation n’avait été autant en adéquation avec ses lecteurs.
Cette manière d’échapper à tout (psychologie, mythologie), de faire un film purement ludique et juvénile, était toutefois contrebalancée par l’idée de resituer les pouvoirs dans le quotidien. Comment on s’adapte puis vit avec des pouvoirs, mais toujours très simplement, presque prosaïquement. La suite continue d’explorer cette idée en s’ouvrant sur le mariage à venir entre Reed Richards et Sue Storm. Évènement vite mis en péril par l’arrivée du surfeur d’argent, émissaire de Galactus, le dévoreur de planète, et le retour du Dr Fatalis, que nos quatre fantastiques vont évidemment combattre. Le surfeur d’argent tient donc une nouvelle fois sur une poignée de situations, tout juste quelques scènes d’actions émaillées de séquences où chaque pouvoir est propice à déclencher un gag rarement efficace. Mais peu importe, la qualité de cette suite est à la hauteur du précédent épisode quoique les enjeux soient légèrement revus à la hausse (sauver le monde et le groupe). Tim Story ne triche pas, ne prend pas le contre-pied du précédent, ici tout reste très littéral, fait pour jouer une nouvelle fois avec les pouvoirs et admirer la plastique sidérante du surfeur d’argent.
Malgré des faiblesses (rythme bancal, film trop court, humour parfois lourdingue, Julian McMahon catastrophique, Jessica Alba trop blonde), Le surfeur d’argent reprend la splendeur cartonnesque du premier. Cet usage lisse et uniforme de la lumière, cet aspect plastique de chaque matière, ces personnages presque uniformes. Tim Story retrouvant aussi cette dimension minimale qui donne aux séquences visuelles les plus complexes une simplicité étonnante. On passe d’un espace à l’autre sans transition, le monde est minuscule et les personnages virevoltent dans les airs avec une évidence déconcertante. Le film impose ses effets spéciaux en jouant sur un spectaculaire à la fois sidérant et low-tech, comme une sorte de Spider-Man tourné avec les moyens d’une sitcom. Même le surfeur d’argent, humanoïde émouvant proche de la perfection, s’intègre avec un mélange de rigueur visuelle et de réalisme qui pousse à regarder le film avec l’acceptation totale de cet univers.
Ce pourquoi il y a toutes les raisons d’aimer Les quatre fantastiques, comme une proposition généreuse dont le sérieux tient à l’unique désir de nous tendre une œuvre possible. Un film où l’irréel n’est jamais contredit, où les superpouvoirs sont une vérité que le monde accepte, et mieux, un univers dont nous pouvons imaginer la suite. Ces personnages en plastique sont nos super héros, nos jouets de kids que nous projetions dans mille univers abracadabrants. Toute la simplicité et la légèreté des Quatre fantastiques tient à ce pari de reproduire au cinéma l’étonnement que produisaient les personnages de papier sans jamais les trahir par quelque chose de moins superficiel (et donc plus éligible). Tim Story fabriquant des héros non pas neutres mais que nous pouvons réinvestir avec la joie constante de s’amuser nous-mêmes avec leurs pouvoirs. Autant dire qu’il a tout compris au plaisir du lecteur, cet enfant qui préfère croire à l’extraordinaire en dépit du bon sens et du sérieux du monde. Les quatre fantastiques et le surfeur d'argent n’est pas un film adulte, et pour une fois c’est tant mieux.
Les quatre fantastiques et le surfer d'argent
Un film de Tim Story
Avec Ioan Gruffudd, Jessica Alba, Chris Evans, Michael Chiklis et
Julian McMahon
Sortie en salles le 8 août 2007
