Les amants du cercle polaire de Julio Medem


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Le soleil brille même la nuit



Ce quatrième long-métrage du réalisateur de L'écureuil rouge (1993) et de Tierra (1996) nous plonge dans les arcanes d'un conte passionnel et profondément romanesque à travers trois époques de la vie d'Otto et d'Ana.
Otto & Ana, noms palindromiques, dont la réversibilité se répercute jusque dans la narration parallèle des mêmes événements à travers le prisme subjectif des deux protagonistes, cartons à l'appui. Nous les découvrons à l'instant de leur première rencontre à la sortie de l'école. Ils ont alors huit ans et nous ne les quitterons plus jusqu'au finale au bord du Cercle Polaire dix-sept ans plus tard. De cette sourde passion qui se noue à l'arrière de la voiture qui ramène les chérubins chaque soir sous leur toît respectif - jusqu'à ce que le père d'Otto emmènage chez la mère d'Ana, compliquant encore plus les enjeux identificatoires et dramaturgiques - nous reconstituons le puzzle affectif tel un entomologiste qui collectionne, un à un, les petits signes de l'énamoration inaugurale, des effusions et de la confusion des sentiments qui s'ensuivent.

Julio Medem, qui a effectué des études de médecine "dans le désir de se spécialiser en psychiatrie", n'a pas son pareil pour signifier, par l'indicible, ce qui est à l'oeuvre dans la psyché humaine lorsqu'Eros vient chavirer, pour la toute première fois, les affects de ces/ses coeurs tendres. Gros plans mutiques sur les yeux d'Ana, premiers effleurements tactils subrepticement volés pour leur douce maladresse, première masturbation nocturne dans le parc qui jouxte la demeure familiale à minuit, lorsqu'Otto, devenu adolescent, découvre, hébété, le corps nu d'Ana... La première heure des Amants du cercle polaire compile (Sophie Calle...) avec bonheur tous les fragments possibles des jeux de l'amour et de l'enfance.

Hélas, dès qu'apparaîssent à l'écran les répliques adolescentes, puis adultes, d'Otto et d'Ana, la circularité du récit s'enraye, prend l'eau par tous les étages, la fougue s'attiédit, le montage en flash-backs se systématise et plombe l'histoire jusqu'à nous laisser de glace. La responsabilité n'incombe pas aux quatre nouveaux acteurs/trices mais davantage à une volonté malvenue de Medem de surenchérir dans des explicitations psychologisantes (étude de médecine, nous y revenons) et de complexifier jusqu'à la saturation les arbres généalogiques de nos protagonistes. Ce déterminisme là tue toute émotion et le film (trop long) nous échappe totalement dans ses vingt dernières minutes. Dommage, car Julio Medem - également scénariste - tenait ici une histoire au romantisme somptueux. Le film vaut cependant le détour pour sa sincérité pleinement assumée et un travail original et constamment inventif sur la photographie et le cadre.

Cédric Succivalli

Les Amants du cercle polaire
(Los Amantes del circulo polar)
Réalisation et scénario : Julio Medem
Montage : Ivan Aledo
Photographie : Kalo F. Berridi
Musique : Alberto Iglesias
Avec : Majwa Mimri, Fele Martinez, Nancho Novo, Maru Valdivielso, Peru Medem, Sara Valiente, Victor Hugo Oliveira, Kristel Diaz, Pepe Munne, Jaroslaw Bielski
Sortie le 7 avril 1999

Le 07 avril 1999