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Les aristos, Charlotte de Turkheim les connaît bien. Pourtant, sept après Mon père, ma mère, mes frères et mes sœurs, elle passe à côté de son sujet. Loin de se moquer de ces énergumènes, la réalisatrice s'en prend bien plus au vil républicain qui se rince l'œil en lisant Voici, rongé par l'envie. Une phrase en particulier donne une idée de l'esprit du film. En conclusion d'une scène inoubliable dans laquelle la famille d'Arbac de Neuville part en ville chercher du travail (« du quoi ? ») en désespoir de cause, puis s'émerveille devant le métro et les boubous de Barbès avant de rentrer bredouille, la narratrice âgée d'une dizaine d'années s'exclame : « Même le travail n'avait pas voulu de nous ». « Même » le travail : comme si le travail était une valeur dégradante, réservée à une sous-population. Au-delà de la satire, bien faible, certains détails en disent long sur l'idéologie et la complaisance du film.
D'un côté les aristocrates, modèle de désintéressement, bourgeois bohèmes, incompris et méprisés comme jadis le poète maudit. De l'autre, la populace haineuse, incarnée - et ce n'est pas un hasard - par le maître du bon goût, Cauet. On pense à Marie Antoinette de Sofia Coppola, au regard compatissant de la réalisatrice sur une aristocratie déphasée qui ne comprend pas ce qui lui arrive. Dans Les Aristos, c'est une vision édulcorée, surannée et pittoresque qui triomphe. Mais, après tout, la réalisatrice a bien le droit de rendre ses personnages sympathiques.

Les acteurs jouent aussi bien que dans un sitcom d'AB production ou dans Caméra café - dont est issue Armelle qui se contente ici, dans le rôle d'une duchesse autrichienne, de remplacer les « v » dont elle use dans la série par des « f ». Tous se donnent des airs en parlant comme dans les années 1780. Et dans le registre de la comédie sentimentale, on redouble d'invention : le fils d'Albac avoue sa flamme à la jolie postière en public et tout le monde dans le bureau de poste se met à applaudir. Et lorsque le film attaque l'autre versant de l'aristocratie, celui du magazine Point de vue-Images du monde, des rallyes et de la Jet set, elle parle encore d'autre chose. C'est au nouveau riche que la réalisatrice s'en prend alors. Laid, vulgaire et outrageusement riche, il n'a rien d'aristocratique. C'est un bourgeois qui a acheté son titre comme il tente de le faire en achetant le jeune d'Albac.
Le film décrit ainsi une aristocratie victime du fantasme des gueux, indigente parce que désintéressée. D'une certaine manière, on est en plein mythe du bon sauvage, à mille lieux de la satire et de la comédie grinçante.
Les Aristos
Réalisé par Charlotte De Turckheim
Avec Charlotte De Turckheim, Jacques Weber, Vincent Desagnat
France, 2006 - 85mn
Sortie en France : 20 Septembre 2006

Sur le Web : - le site officiel
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