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- Voir l'entretien vidéo avec Riad Sattouf
On connaissait Riad Sattouf pour ses BD (Manuel du puceau, Retour au collège, Pascal Brutal), il se met au cinéma avec Les Beaux Gosses. Mais pas façon Satrapi (qui fait d'ailleurs un cameo dans le film), en adaptant un de ses albums en un film d'animation (Persepolis). Non, pour Les Beaux gosses, Sattouf change vraiment de medium, il écrit un scénario original, et abandonne son crayon et ses feuilles pour aller chercher des acteurs réels.
Et les bouilles filmées par Sattouf sont assez extraordinaires d'authenticité. Acné, coupes mulet, pulls informes, bagues dentaires... Les corps subissent tous les outrages de l'âge ingrat, retranscrit ici dans une vérité atemporelle. Comme le suggère le titre ironique, ces « beaux gosses » ne sont pas vraiment les lovers du préau. Complexé mais volontaire, Hervé le mutique ne pense qu'à une chose, sortir avec une fille. Son pote Camel le hardosse aussi, mais lui « à la romantique », « façon orientale ». Néanmoins, Camel est toujours partant pour une petite branlette-chaussette devant une video du site « mamans chaudasses.com » (Valeria Golino, magnifique MILF), parce qu'il aime les femmes mûres...« Les plus chaudes ».
Constamment drôle, Les Beaux gosses ne fait jamais dans le trash vulgos à la American Pie. Le film cherche un crudité plus âpre, plus authentique. Sattouf se réfère d'ailleurs, dès la première scène de baiser (une soupe de langues) en gros plan, à Kids de Larry Clark. Mais, même s'il jure ne pas l'avoir vu avant Les Beaux Gosses, c'est surtout à SuperGrave qu'on pense ici. Les héros sont des nerds obsédés sexuels, peu à l'aise avec les filles. La fameuse touche Judd Apatow n'est jamais loin dans ce tableau désopilant et sans fard de l'adolescence mâle.
La mise en scène est soignée (belle photo), tonique et près des visages, en mutation (les boutons évoluent). Les dialogues sont crus et cul, mais bien sentis, plus vrais que nature, et relevés d'émouvantes plages mélancoliques mises en son par l'excellent Flairs (score discoïde proche de la BO de Naissance des pieuvres, par Para One). Avec son style pétillant, Sattouf trouve le ton juste pour croquer ce groupe de collégiens légèrement loser (jeux de rôle, pages lingerie de La Redoute, et looks atroces) qu'on a tous connu, et dans lequel on se reconnaît forcément un peu. Il n'occulte pas la violence, constante, subie ou perpétrée (ce ne sont pas de pures victimes) par ces collégiens. Entre parents déglingués (« Tu veux te masturber ? », demande régulièrement la mère d'Hervé, jouée par l'hilarante Noémie Lvovsky) et impitoyables joutes de récré, Sattouf cherche et trouve la note juste pour évoquer l'état adolescent : en mélangeant les références temporelles (BO d'influence 80's, looks 90's, Internet, etc.) il réussit un anti- « film générationnel ».
L'adolescence vue par Sattouf est un combat plus palpitant que pathétique. Une suite ininterrompue d'épreuves et d'humiliations, d'aventures triviales mais excitantes, où un simple baiser donne le vertige, et où le sexe - cette Terre Promise - ressemble à la gueule dégoulinante et rose d'un gros chien baveux. Voilà enfin la grande teen comedy que le cinéma français attendait.
Les Beaux gosses
De Riad Sattouf
Avec Vincent Lacoste, Anthony Sonigo, Alice Tremolières
Sortie en salles le 10 juin 2009
Illus © Pathé Distribution
Eric Vernay
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