Les Chemins de l'Oued de Gaël Morel

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Coupable innocence

Avec Les chemins de l'oued, Gaël Morel signe son troisième film. Tourné en Algérie, cet opus sur la culpabilité manque de maîtrise et pâtit de la lourdeur avec laquelle le cinéaste traite un sujet qui semble le dépasser.

Les réfractaires de la fièvre du samedi soir ont peut-être déjà vu ce (télé)film diffusé en avant-première par Arte le samedi 12 avril à 22h30. Troisième long-métrage de Gaël Morel, Les Chemins de l'oued traite à nouveau d'une jeunesse à la dérive, sans repère. Mais, cette fois-ci, le duo Stéphane Rideau - Elodie Bouchez cède la place à Nicolas Cazalé et Amira Casar. Les Roseaux sauvages avaient révélé Gaël Morel acteur. Dans Loin, André Téchiné lui donnait le rôle d'un réalisateur en repérage qui discutait de son prochain film à la terrasse d'un café à Tanger. La fiction inspire la réalité puisque quelques années plus tard Gaël Morel tourne Les Chemins de l'oued au Maghreb. Le sentiment de filiation vis-à-vis de Téchiné est palpable dans l'œuvre de Gaël Morel mais l'élève n'a ni la subtilité ni la maîtrise du maître.

Gaël Morel dit avoir fait un film en Algérie et non un film sur l'Algérie. Effectivement, le jeune Samy (Nicolas Cazalé), de père Français et de mère Kabyle, débarque au Maghreb en parfait étranger. Il ne connaît ni la langue ni les mœurs. L'Algérie s'offre à son regard, et donc à la caméra, avec les charmes d'une femme sûre de ses effets. Mais Samy a quitté la France pour fuir ses responsabilités dans un crime ou un accident, on saura jamais. La mort d'un flic est ici le prétexte qui provoque le départ, une occasion de montrer la culpabilité et ses ravages. Torturé par sa faute, le jeune Samy voit en effet son corps réagir avec violence. Il saigne du nez, transpire, s'évanouit... Il sue parce qu'il tente d'oublier en tapant dans un sac de sable ou en piochant la terre aride de Kabylie. Il vomit aussi, beaucoup, souvent, comme pour faire sortir le mal qu'il a en lui, comme pour extirper le crime de ses entrailles. Or, si les désordres d'un métabolisme torturé par une souffrance morale sont un excellent moyen pour montrer les douleurs psychologiques au cinéma, Gaël Morel à force de trop en faire rompt le charme. De même, l'audace avec laquelle il filme la nudité masculine n'apporte rien à l'histoire ni au film. Elle traduit uniquement le goût de Gaël Morel pour les corps des jeunes hommes.

Autre écueil du film, Gaël Morel veut filmer la violence mais n'a ni l'art ni la manière. Un début in medias res, qui a l'intérêt d'être tonique et musclé, place en fin de compte le spectateur en position de voyeur et suscite une attente malsaine. Les images de l'accident, du meurtre peut-être, jamais montrées, hantent néanmoins la première partie du film. Plus tard, la caméra s'attarde sur la gorge béante d'un mouton qu'on égorge ou la nuque mutilée d'un enfant. Cette insistance est inutile (le rythme pâtit de ces digressions) et contribue à banaliser l'horreur. Le zoom avant sur la gorge du mouton n'est finalement pas si loin de l'abjection du travelling Kapo dénoncé par Jacques Rivette et Serge Daney. Comme dans le film Pontecorvo, ce sont les bonnes intentions et les velléités d'auteur de Gaël Morel qui nuisent au film.

Les Chemins de l'oued
Réal. : Gaël Morel
Avec Nicolas Cazalé, Amira Casar, Mohammed Majd
France / 2002 / 78 min
Sortie le 16 avril 2003
Prix de la critique internationale (FIPRESCI) Toronto 2002

Marie Mongard Le 14 April 2003

Sur le web : - Filmographie Gaël Morel.