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Et le film de tenir admirablement ce double pari : inventer une fin du monde cinématographique crédible, et une ode à la vie et au sexe libertaire et jubilatoire. Ne boudons pas notre plaisir de spectateur de voir, pour une fois, un film français représentant l'apocalypse, la fin du monde, bien sur loin des moyens d'Hollywood, mais avec une inventivité et une poésie magnifiques (rappelons-nous au passage du très beau Maleville de Christian de Chalonge en 1980). Ainsi, alors que la première partie du film se déroule à Biarritz, avant de se propulser dans divers coins de l'Europe, de Pampelune à Paris, l'alarme provient des cendres libérées par le crématorium en perpétuelle activité qui pleuvent par moments sur les passants, les obligeant à se mettre à l'abri. Maladies, guerres, activités sismiques... toutes les causes de catastrophes s'accumulent pour aboutir à cet état d'alerte maximale, où chacun doit fuir, sans direction particulière. Rues débordées par la foule, château en provence cousin pas si éloigné de Eyes Wide Shut, hôtels emplis de cadavres... on passe de la ville à la campagne, des riches rescapés aux pauvres oubliés, tout au long du périple déboussolé de Robinson (Mathieu Amalric).
Son unique direction viendra d'un souvenir : une histoire sensuelle folle, vécue des années auparavant avec une mystérieuse femme rencontrée à Biarritz. Histoire charnelle d'une intensité telle qu'il décide de la retrouver, quelque part... Sa fuite en avant va se transformer en odyssée sensuelle, ou chaque rencontre, comme dans un état primitif et dénué des règles de bonne conduite imposées par la société, devient un terrain de jeu. Je te veux plus que tu ne me veux, ou bien l'inverse, mais en tout cas, essayer, tenter, donner une chance aux corps de se rencontrer. La sensualité, élément central du cinéma des frères Larrieu, atteint ici un niveau inédit, puisque la mort et l'orgasme s'y mêlent au sens propre. La nudité des acteurs, participant à la dualité du film, affirme à la fois leur fragilité, leur faiblesse de chair bientôt putréfiée, et pourtant à la fois la sublime grandeur de leur affirmation, cette liberté qui conduira Robinson et sa belle Brésilienne à parcourir Paris tous nus en pleine nuit, tels des enfants du nouveau monde tout juste nés, et bientôt morts, portés par le chant déchirant de Léo Ferré. Une sorte d'utopie morte-née, qui évite donc tout le ridicule du cliché idéaliste, pour n'en conserver que cette sève douce amère, cette lueur d'espoir, ou bien plutôt, cet éclair.
Au milieu de villes ravagées, d'explosions et de mort, Robinson trimballe sa petite île avec lui, en lui, et cet éclair qui le traverse, et qui traverse tout le film, c'est cette impulsion de vie d'une force immense, sismique. Celle qui peut mettre fin au monde, tout comme elle peut donner la vie. Les Derniers jours du monde, où comment le cinéma redécouvre l'art de donner un corps aux personnages. Et de donner du corps au monde.
Les Derniers Jours du monde
D'Arnaud et Jean-Marie Larrieu
Avec Mathieu Amalric, Karin Viard, Sergi Lopez
Sortie le 19 août 2009
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