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D’un benêt au cœur tendre (le fraîchement césarisé, Jacques Villeret, Riton) et de son inséparable comparse (le toujours sémillant Jacques Gamblin, Garris), qui filent des jours heureux et rupestres, au bord d’un marais, dont on a tôt fait de comprendre, qu’il stigmatise, autour de lui, la part maudite et édénique (ah, ce fameux paradis perdu…), sacrificielle et impénétrable (cf. Stalker de Tarkovski) de toute une communauté villageoise embourgeoisée.
A l’instar de Michel Serrault, le bien nommé Pépé (cqfd), qui, un beau jour, a fui ces eaux bourbeuses à contre cœur, pour tenter, avec succès, sa chance à la ville (vive les self-made men, nous dit-on en substance), tous les personnages du film sont tiraillés entre un irrépressible désir de retour aux sources (marécageuses, ne l’oublions jamais…) et la peur d’enfreindre les codes sociaux dans lesquels ils se sont confortablement installés.
Pépé, donc, vit à la ville, avec sa fille, son gendre acariâtre et arriviste, sa tendre petite tête blonde de petit-fils (on écoute Hitler à la radio, sans trop savoir quoi en penser) et une femme de maison alsacienne (sanctuaire improbable des petits secrets familiaux) ; sa rencontre fortuite avec nos deux héros va, de fait, réveiller, à l’automne de sa vie, cette jeunesse perdue, passée entre la pêche à la grenouille (sans hameçons, je vous prie) et les petites besognes quotidiennes autour d’une bicoque de pacotille.
Mais ne nous y trompons pas, à trop fricoter avec plus pauvre que soi, lorsqu’une réelle subversion risque de s’immiscer dans les interstices de la trame narrative, le danger pointe à l’horizon. Dès lors, il faudra sacrifier le pharmakos pour que la communauté fasse fi de sa violence et retrouve des jours meilleurs, poujadistes… Pépé, mourra, donc, une nuit glaciale de décembre, épuisé, sur un chemin enneigé, alors qu’il se rendait, contre la volonté des siens, chez ses amis du Marais pour leur signifier le retour de Jo Sardi (Eric Cantona en boxeur borborygmique) sorti de prison et bien décidé à envoyer fissa notre con national au fond du marais (celui-ci ayant été responsable de son emprisonnement).
Misogynie rampante – il faut voir à quel point les compagnes d’Eric Cantona et de Jacques Villeret sont réduites à l’expression la plus élémentaire, de qui, la plantureuse décérébrée, qui, l’hystérique névrosée à son foyer - pseudo-panthéisme et naturalisme bêta (pour une plongée métaphysique et une approche réellement whitmanienne de dame Nature, ruez-vous donc plutôt sur La ligne rouge), discours savonnette sur l’inégalité sociale et, plus grave encore, xénophobie maquillée sous couvert d’humour franchouillard. Par exemple, cette scène effarante où un personnage de majordome sénégalais se voit rabroué au rang de Banania par notre Con national (toujours le même, oui, oui, celui du Dîner) – participent d’un faux discours libertaire que la narration après-coup en voix off par Suzanne Flon (tout droit rescapée de l'Eté meurtrier) finit d’entériner. Il y a des rires qui font froid dans le dos. Poujade, je vous disais…
Les enfants du marais
De Jean Becker
Avec Jacques Villeret, Jacques Gamblin, André Dussollier
France, 1999, 1h 55min.
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