Les Lascars de Albert Pereira Lazaro


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Vrai gâchis



Le passage de la TV au grand écran est toujours difficile. Surtout quand il s'agit au départ de sketches épars comme Les Lascars. Malgré une surdose d'effets graphiques taguesques, une BO hip hop bien fat, et une ribambelle de pipoles au doublage, le film ne parvient pas à retrouver le charme initial de la série.
C'est l'été à Condé-sur-Ginette. Tony Merguez et José Frelate, deux MCs de cette banlieue imaginaire (mais pas rêvée), veulent se faire la malle. Vers les Caraïbes. Santo Rico ! Sa plage... Ses meufs... Et ses cocotiers. Mais, manque de bol, leur agence de voyage a zappé le nom de leur destination... Vénères, les Lascars vont devoir trouver un plan de dernière minute pour se payer le ticket escompté. José, beau black charismatique et travailleur, va travailler chez un juge, dont la fille lui a tapé dans l'œil. Tony, petite frappe à grande gueule, préfère se tourner vers le truc de bad boy : dealer de l'herbe dans la cité. Evidemment, les choses ne vont pas tourner comme sur des barrettes.

Sur le papier, le film de Albert Pereira-Lazaro et Emmanuel Klotz a tout pour plaire : un univers original né d'une franchise qui cartonne depuis 2001 (sur Canal+ d'abord, puis MCM et aujourd'hui Dailymotion : plus de 20 millions de visionnages), des doublages de luxe (Vincent Cassel, Diane Kruger, Omar et Fred, Diam's...), et une BO hip hop stylée, avec notamment un inédit de De la Soul. Les fans hardcore - nous sommes fans tout court - se contenteront sans doute de cette somme d'atouts clinquants, en fermant les yeux sur les défauts du film. A savoir : les dialogues (faiblards), et le scénario (prévisible). Malgré ses pirouettes techniques et nombreux persos bien folklos au parler « ghetto », Lascars fait rarement rire.

Peut-être est-ce dû, comme souvent en comédie, à un défaut de timing. Le rythme de la série était tout à fait singulier : des sketches d'une minute seulement, entrecoupés de nombreux silences. Un rythme nonchalant comme une après-midi sur un banc en banlieue, avec de brusques accélérations argotiques, en harmonie avec la tchatche imprévisible des protagonistes. Frénétique, Lascars - le film prend le contre-pied de son aîné télévisuel. Et fait l'effet d'une surdose d'adrénaline, comme si les auteurs - pourtant les mêmes que ceux de la série - avaient eu peur du vide, du temps mort, blindant au maximum chaque plan de musique tonitruante et de zébrures street. Bref, ça sent trop la gonflette. Reste l'impressionnant décor bariolé façon tag, mélangeant 2D et 3D avec un certain brio graphique, et quelques scènes de sexe SM plutôt enlevées. Wesh bien ou bien ? Bof.

Illus © Bac/Millimages

 

Eric Vernay

 

Le 15 juin 2009
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