Les Regrets de Cédric Kahn


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Course contre l'amour



Quand l'auteur de L'Ennui et Feux rouges tente un pur mélo, ça donne un film d'action, un film qui ne repose que sur les sentiments, mais vus comme les croisements incessants de deux trajectoires décalées. Avec maîtrise, Cédric Kahn tient en haleine, et surtout, il émeut.
Architecte de 40 ans, marié à une femme belle et intelligente, Mathieu Liévin (Yvan Attal) mène sa barque confortablement. Quand sa route croise celle de Maya (Valéria Bruni Tedeschi), son amour de jeunesse, sa vie se met à tanguer sérieusement : c'est à nouveau le coup de foudre. Mais rien n'est simple entre eux. Quinze ans auparavant, leur premier chapitre amoureux a laissé des traces, des rancœurs, des regrets. Cédric Kahn explore cette tentative de sauvetage avec un œil attentif et acéré.

Mathieu et Maya sont très différents. Fuyante, paumée, l'émotive Maya vit avec un homme rustre (Philippe Katerine, inquiétant), et sa fille issue d'un premier lit. Plus structuré et calme, Mathieu n'a pas d'enfant. Sa vie d'architecte doué lui va bien jusqu'à ce qu'il y décèle, au contact de Maya, un certain inachèvement, ou du moins, une carence en intensité. Leur rencontre survient lors d'un moment de rupture pour Mathieu, qui vient de perdre sa mère. Comme libéré d'un poids maternel (moral), il se laisse alors glisser dans l'aventure « bis » avec Maya, assez passivement. C'est le premier mouvement imprimé par Kahn à son film, rythmé par les relances de Maya, les rendez-vous clandestins et les ébats secs et crus des amants retrouvés. Puis Maya, si offensive au début, laisse la main à Mathieu dans le second temps du film, dont le nœud se forme lors d'une scène clé (évoquant Feux rouges) : au volant, sur une autoroute nocturne les menant vers un possible avenir radieux, elle change d'avis. Prise de panique par ce bonheur intense qu'elle pourrait perdre, comme la première fois, lorsqu'il l'avait quittée sans laisser de trace.

Les Regrets fonctionne sur le décalage des sentiments, répété, infini. Maya et Mathieu s'aiment, c'est un fait, mais jamais vraiment au même moment, et pas avec la même intensité. Tels des aimants aux trajectoires biaisées, pas bien fixés en face l'un de l'autre, ils ont une force d'attraction réciproque, mais mal dirigée, et qui se transforme parfois mécaniquement en frustration et en agressivité. La mise en scène de Cédric Kahn, granuleuse, scotchée aux corps de ses deux protagonistes et en mouvement permanent, excelle à faire ressentir ce malaise de la passion livrée à l'impatience des contretemps et aux contraintes du réel (boulot, textos, gares, hôtels) : Les Regrets est une course poursuite amoureuse, épurée (cinq personnages, pas plus), pleine de suspense. Resserrée, la temporalité épouse la frayeur qu'ont les amants de se louper pour de bon. D'autant que leur amour est, ultime contre-temps, parasité par des relents du passé.

En draguant Mathieu au début (c'est elle qui l'appelle et l'invite chez elle), Maya se souvient aussi qu'il l'a abandonnée par le passé. C'est donc pour elle une manière de se venger, contournée et masochiste, forcément, en tout cas ambivalente, puisque son amour n'est pas éteint. Quant à Mathieu, qui vit dans le présent et le concret au contraire de Maya, cette fois c'est la bonne, se dit-il, enfin prêt pour le grand amour. Qu'elle le lui refuse lui est insupportable, de l'ordre de l'irrationnel. Trop tard peut-être. Affaire de décalage, encore, tragique et superbement incarné par un Yvan Attal au regard de gosse soudain raffermi par la peur d'être adulte (et dans son meilleur rôle à ce jour), et Valéria Bruni Tedeschi, précise et émouvante dans ce beau mélo.

Les Regrets
De Cédric Kahn
Avec Yvan Attal, Valéria Bruni Tedeschi, Arly Jover
Sortie en salles le 2 septembre 2009

Eric Vernay

 

Le 31 August 2009
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