Les Trois royaumes de John Woo


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Le retour de John Woo aux manettes d'un projet pharaonique, sur ses terres, au service du plus chinois des récits, prend le risque de surprendre et décevoir le public occidental. Il signe pourtant là l'un de ses plus beaux films depuis longtemps, malgré les embuches.
On avait laissé John Woo sur Paycheck et Stranglehold, un jeu vidéo s'acharnant, vainement, à ressusciter le mythique A toute épreuve, œuvre définitive et testamentaire qui mettait fin à une série de films qui changèrent l'histoire du cinéma. Le grand John sortait alors d'une période américaine contrastée, partagée entre redites majeures (Volte-Face, Mission : Impossible 2), et semi nanars de commande. On pensait que bon gré, mal gré, à l'inverse de ses compatriotes, il avait su faire sa place à Hollywood, mais non. La sortie des Trois royaumes témoigne définitivement d'un malentendu entre le cinéma américain et ses auteurs chinois (et vice versa), tout en sonnant un triple retour pour John Woo. Aux sources d'abord, en revenant chez lui, non à Hong Kong mais sur la terre de ses ancêtres, en Chine, pour tourner avec un budget monstre (le plus important de l'histoire du pays), l'adaptation du roman éponyme de Luo Guanzhong, une épopée colossale et épaisse narrant une bataille légendaire devenue célèbre dans toute l'Asie - c'est l'évènement historique clé de l'histoire chinoise. Retour ensuite à une certaine liberté et aisance voire félicité malgré l'ampleur pharaonique des moyens, les règles du film en costume, le pari de filmer un évènement connu de tous les Chinois qui aurait pu sombrer dans l'académisme. Retour enfin et surtout à ses débuts via son maître, Chang Cheh.

Distribué en occident dans une version courte (2h25 contre 4h50 en deux parties), Les trois royaumes tient du trailer grand format, laissant aux curieux le soin de se procurer le DVD import. Pas de quoi bouder pourtant la sortie salles. Si les coupes se ressentent vu le nombre de personnages, les multiples lignes d'une intrigue limpide mais chargée, et surtout un récit où chaque scène est autonome et quasi décisive, le film se tient. On perd sur une première partie au rythme chuchotant hallucinant, mais on gagne sur une seconde s'enlisant dans la répétition, pourtant centrale, des enjeux militaires. Car Les Trois royaumes, c'est d'abord une fresque guerrière où entre amour, amitié, respect, héroïsme, personnages aux capacités martiales stylées, on passe son temps à relire Sun Tzu et élaborer des stratégies savantes pour vaincre l'ennemi. Celles-ci longuement discutées, place à la bataille. Si la beauté du film est partout, jusque dans la pureté des scènes sentimentales décisives, John Woo se révèle dans l'action. Rarement ses images n'ont été aussi soyeuses, ses ralentis si érotisants et veloutés. Tout est fluide, jusque dans les ruptures de tons et cette violence graphique comme contenue par une quiétude en forme d'hommage apaisé à Chang Cheh. Woo a abandonné ses références occidentales pour s'engouffrer dans un projet purement chinois, il en sort grandi et serein.

Les Trois royaumes
De John Woo
Avec : Tony Leung Chiu Wai, Takeshi Kaneshiro, Fengyi Zhang
Sortie en salles le 25 mars 2009

Illus. © Metropolitan FilmExport

Jérôme Dittmar

Le 23 mars 2009

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