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Mais contrairement à la plupart des films destinés aux enfants, les éventuels effets comiques, plutôt réussis, ne sont distillés qu'au compte-gouttes. Il joue notamment sur les décalages de perception entre l'échelle humaine et celle des insectes. Ainsi, un simple pétard devient une véritable bombe atomique pour les fourmis. Cet aller-retour entre « macro » et « micro » contribue à relativiser les événements et nourrit un message de tolérance. On retrouve cette idée, sous une forme différente, dans la scène où "l'exterminateur" de nuisibles s'attaque aux bébêtes en écoutant le Beau Danube bleu de Johann Strauss. Son déchaînement de violence est alors atténué par la musique classique et évoque clairement l'usage que fait Stanley Kubrick de Beethoven dans Orange Mécanique. Comme dans la superbe attaque des guêpes (façon Apocalypse Now), John A. Davis, qui est réalisateur mais aussi auteur du scénario (fait assez rare dans le cinéma d'animation pour être souligné), n'hésite pas à convoquer ses souvenirs de cinéphile pour construire son film.
Ainsi, à défaut d'une œuvre totalement originale, on assiste plutôt à un assemblage intelligent de différents procédés ayant déjà fait leurs preuves, adjoints à des thèmes archi-connus (miniaturisation, organisation des fourmis, récit d'apprentissage). Seule nouveauté, le graphisme des personnages : les fourmis ressemblent à des machines particulièrement complexes, dont la finesse contraste avec la grossièreté des formes humaines. Loin d'avoir cet aspect lisse et trop parfait des héros d'animation, les personnages ont en effet ici de gros ventres ou de gros culs qui caractérisent de façon réjouissante l'Américain moyen des banlieues pavillonnaires, un peu « beauf ».
Bien sûr, on ne peut échapper au couplet moralisateur sur les vertus de l'entraide, la force du groupe, l'égoïsme humain comparé à la solidarité des fourmis, etc... Mais, bien intégrées dans le cours du récit, ces petites leçons de choses, inévitables, n'alourdissent pas assez l'ensemble pour gâcher notre plaisir. Et puis, n'y aurait-il pas, plus ou moins cachée, une bonne critique de la politique étrangère de l'Oncle Sam ? Quelques situations, allusions ou formules ("Attaquer les autres, uniquement parce qu'ils sont plus faibles, c'est de la barbarie") laissent entrevoir un point de vue critique sur la société américaine, son bellicisme et son mépris de l'environnement. Pour un pur divertissement, ce n'est déjà pas mal.
Lucas, fourmi malgré lui - John A Davis
Avec les voix de : en français, Alexandra Lamy, Nathalie Baye, Bruno Salomone ; et en anglais, Julia Roberts, Nicolas Cage, Meryl Streep, Paul Giamatti, Bruce Campbell, Lily Tomlin
Etats Unis, 2006 - 89 mn
Sortie en salles (France) : 9 août 2006

Sur le web : - Le site officiel du film
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