Lucky Luke de James Huth


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Trop à l'Ouest



La rencontre entre Jean Dujardin, James Huth et l'univers de Lucky Luke s'annonce comme une affaire rondement menée. Mais le résultat est-il à la hauteur des attentes ? Pas sûr.
Le western et la France, déjà ça fait deux : question d'histoire, la grande comme celle du cinéma. On citerait bien les films de Guiraudie, chez qui le Sud-Ouest ressemble à du John Ford, mais c'est une exception. Partant de là, il y a une incapacité foncière à s'emparer du genre. En revanche, il est moins étonnant de le voir en BD. C'est justement dans ce créneau que Lucky Luke est né sous la plume de Morris à la fin des années 40. Mélangeant hommage et humour à une relecture historique libre mais assez précise du Far West, la série est devenue la légende qu'on connaît. Mais ce qui tenait en BD a beaucoup plus de mal à passer au cinéma. Pas pour rien donc que malgré sa popularité, peu se sont risqués à l'adapter. Relevant le pari, James Huth et son compère Jean Dujardin espèrent aujourd'hui ressusciter sur grand écran les aventures du cow-boy tirant plus vite que son ombre. Si celui-ci a ravi plusieurs générations de lecteurs, il semble plutôt désormais compter parmi les trésors d'une école franco-belge un peu bousculée par les nouvelles tendances (manga, entre autres). Difficile par conséquent de s'accaparer Lucky Luke, la série ayant de plus opté avec la complicité, notamment, de Goscinny, pour un ton jouant avec le pastiche. Chose délicate, datée et casse gueule ayant donné les plus mauvais films du monde.

Avec Huth derrière la caméra et Dujardin dans le rôle titre, on pouvait donc craindre le pire ou au mieux bénéficier des retombées d'OSS 117. Hélas, si le résultat n'atteint pas un degré aussi affligeant que Les Dalton par Eric et Ramzy, on n'en est parfois pas loin. Pourtant, après une ouverture réveillant quelques réminiscences du western italien, on se prend à espérer une relecture exubérante et stylisée. Car il faut reconnaître à Huth une forme d'esthétique clinquante où par trouées apparaît une certaine puissance graphique. Son cinéma est doté d'une énergie incontrôlable, mais qui foisonnante d'intentions décrit un film hybride tout entier dans l'excès. Seulement, cette part belle faite à une vision débridée de l'Ouest, avec Lucky Luke comme support scénaristique, le prend aussi en traitre. Suivant une structure recyclant en vrac persos ou intrigues inspirés de la BD, le film s'enlise dans un déluge débraillé de scènes fourre-tout sans perspectives. Il pourrait en sortir grandi, faisant d'un gros divertissement populaire une œuvre foutraque, insituable et hédoniste. C'est plutôt l'inverse : le casting décomplexé en fait des tonnes, pas d'autres horizons qu'un humour débile qui colle aux bottes. Seul le final, façon Mystères de l'Ouest, prouve que ce Lucky Luke en avait décidément un peu sous le coude. Bref un film anar et délirant mais lourd, très lourd.

Lucky Luke
De James Huth
Avec : Jean Dujardin, Michael Youn, Alexandra Lamy, Melvil Poupaud
Sortie en salles le 21 octobre 2009

Illus © Christine Tamalet

Lise Frossard

Le 19 October 2009
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