Mademoiselle Chambon de Stéphane Brizé


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Entre deux



Une histoire d'amour sans bavardage, portée par un Vincent Lindon brillant et une mise en scène pudique. Un rendez-vous riche en émotions, à l'équilibre entre un amour au présent et une latente promesse de nostalgie.

Mademoiselle Chambon est un film de peu de mots. Et quand les mots sont rares, il faut faire passer les choses autrement. Ce n'est vraisemblablement un problème ni pour Vincent Lindon, ni pour le scénariste réalisateur Stéphane Brizé. Le premier interprète sans faux pas un maçon laconique mal à l'aise en conversation. Parfaitement taillé pour le rôle, il livre une performance très inspirée, chaque centimètre carré de sa peau transpirant au diapason du personnage. Dans l'effort du métier, dans le cocon familial qui s'étiole soudain, dans la tendresse adultère retenue, il est toujours vrai. Privé de mots il fait parler le corps, des gestes avortés, des regards brefs ou qui se détournent, une épaule qui s'affaisse... La présence est énorme, l'émotion aussi.

Stéphane Brizé adopte quant à lui une mise en scène pudique, à l'image du sujet. Simple et néanmoins hautement casse-gueule, le pitch tient en quelques lignes mais il fallait une bonne dose de finesse pour ne pas en faire un gouffre d'ennui larmoyant. Inspiré d'un roman (de Eric Holder, éditions Flammarion), le film ne pouvait utiliser les outils de la littérature pour décrire les sentiments et faire passer le temps via de jolis mots. Qu'à cela ne tienne, Brizé trouve autre chose. Le ton juste, sorte de semi douceur qu'il étire et gonfle progressivement d'intensité, une structure épurée qui joue l'alternance sans frénésie, un rythme tranquille qui installe la dramaturgie sans à-coups, un usage fort de la BO. Il métaphorise, confronte habilement le monde du maçon à celui de l'institutrice. D'un côté le bruit et la poussière, de l'autre le calme et le violon. Le quotidien, la réflexion. Le bon sens pragmatique, le raffinement instruit. Tout cela se répond puis se mélange naturellement jusqu'à l'amour, aussitôt renforcé par la promesse latente d'une prochaine nostalgie. Et tout cela fonctionne car c'est de nature humaine qu'on nous parle, ce terrain familier où le cœur et la raison s'affrontent, au travers de gens ordinaires et touchants.

Mademoiselle Chambon
De Stéphane Brizé
Avec Vincent Lindon, Sandrine Kiberlain, Aure Atika
Sortie en salles le 14 octobre 2009

Illlus © TS Productions / Michaël Crotto

 

Julie Deh
Le 12 October 2009
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