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Là, on a franchi un cap, il sera difficile d’aller plus loin, de tomber plus bas. Material Girls représente tout ce dont on pensait que le cinéma serait éternellement exempt par pudeur. On se disait qu’il y aurait toujours une forme d’hypocrisie, de fausse bonne conscience pour cacher la vérité, bref qu’une sorte de caution morale résisterait pour travestir la réalité. Car même si devant un titre pareil on avait une idée de ce qui nous attendait, on misait sur l’ironie, pas sur un truc aussi littéral qui soit frise le pur film concept (hyper complexe dans ses niveaux de lecture), soit un documentaire inédit sur Hilary Duff et sa sœur, Haylie, les starlettes sexy de ce produit estampillé girlie mais pas comme on les aime. Là, c’est un peu comme si demain Paris Hilton adaptait en film les troublantes révélations existentielles qui ont changé sa vie lors de son passage par la case prison, mais sur le ton d’une comédie légère et émouvante où à la fin la star serait chez elle, heureuse, sa garde robe Chanel et ses cartes American Express Platinum à portée de la main, tandis que ses nouvelles amies continueraient à croupir en tôle les larmes aux yeux devant un poster dédicacé par la star.

Tout en jouant donc sur cette approche banale des préjugés qui vacillent, à laquelle on ne croit jamais tant les filles restent sourdes, voire allergiques à tout ce qui sort de leur monde, le film semble ironiser, s’amuser au dépens de ses personnages, comme s’il connaissait déjà notre jugement à l’égard de ce genre de filles. Et c’est là où ça se complique, Material Girls n’est pas pour autant un portrait critique ou acide de toutes les Paris Hilton-like. Il fait passer ses personnages pour des idiotes incapables d’abandonner leurs habitudes de princesses partout où elles passent, mais tout en adoptant leur point de vue, en adhérant à leur cause. Les filles ne changent pas réellement, elles vivent juste une mauvaise expérience où les autres, les pauvres et ceux qui sont désintéressés par le succès, l’argent, le physique, les fringues, servent à renforcer leur image, ou pire se rattachent à leur cause pour les aider à sauver leur monde.
La victoire du matérialisme et des préjugés est donc totale puisque le film a préparé pour Hilary et sa frangine un retour tranquille au pays des merveilles, manière d’assumer finalement leur rôle en lui donnant une raison d’être qui se justifie jusque dans l’épanouissement professionnel. Et comme si ça ne suffisait pas, on copie leur look pour montrer qu’elles deviennent des modèles, des exemples possibles à peine distanciés par un effet comique. Une telle vision, qui préfère enfermer les sœurs Duff dans leur univers plutôt que proposer une prise de conscience collective (puisque si les autres changent de point de vue, elles pas - pire elles contaminent), a le mérite de briser les schémas classiques tout en étant ce qu’on a vu de plus aberrant récemment. On ne sait pas s’il s’agit de la comédie la plus cynique et honnête de l’année ou simplement la plus stupide et mal foutue.
Material Girls
De Martha Coolidge
Avec Hilary Duff, Haylie Duff, Brent Spiner, Anjelica Huston
Sortie en salles le 26 septembre 2007

Illus. © Maverick Picture Company
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