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Matrix Revolutions

Critique

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Ceux qui ont aimé aimeront. Ceux qui n'ont pas aimé n'aimeront pas plus. Matrix Revolutions, passé l'effet de surprise du premier puis l'effet de complexification du second, se retrouve bien démuni avec son récit inextricable et ses trop nombreux personnages.

Le troisième épisode des aventures de Néo and co commence comme le deuxième s'achevait : très cut, sans transition (sans doute une technique de marketing pour les DVD à venir). On ne perd pas une seconde, donc, pour replonger dans la situation catastrophique où l'on nous avait laissés : Zion est sur le point de subir une attaque fatale des machines, l'équipage mené par Morpheus a bien du mal à revenir vers la cité et Néo est perdu sur un quai de gare, entre le monde des machines et celui des humains.

Alors que ces situations doivent se résoudre, les cinéastes ont choisi, plutôt que d'emmener leur récit plus loin, de le nourrir de ces deux prédécesseurs, dans une sorte de medley. Les nombreuses citations sont certainement censées faire plaisir aux fans, mais elles donnent surtout l'impression d'une grosse faiblesse scénaristique. Faiblesse qui rend absolument incompréhensibles les évènements finaux, que nous tairons - plus à cause de notre incapacité à les retranscrire que par noble souci de déontologie. Mal foutu, le scénario nous balance d'un événement à un autre, trop vite et mal, et chaque guest (l'oracle, nos Lambert et Belucci, cf. la news à ce sujet…) n'a le temps d'apparaître que quelques secondes. Le récit doit avancer, et pourtant, on nous inflige des blocs de discussions ou de combats cent fois trop longs pour nos esprits habitués à la matrice.

Que retenons-nous de Matrix Revolutions ? Encore quelques pillages sauvages, telle la grande scène de l'attaque des machines contre les humains, qui rappelle beaucoup l'Aliens de James Cameron, inoubliable film bourrin et militaire, touché par la grâce d'une certaine forme d'abstraction esthétique. Ici, les frères Wachowski se font plaisir et nous assomment d'une scène d'une vingtaine de minutes de combats de masse, ultra-rapides et violents. De cette bouillie filmique où le numérique est nettement mieux maîtrisé que dans Matrix 2, ressort le plan magnifique d'un visage lacéré par les « sentinelles », qui donne lieu à une image quasiment abstraite, bloc sombre rythmé par des traces lumineuses. Une brève fulgurance plastique aussitôt rattrapée et engloutie par le style très terne et peu inventif de la mise en scène des frères la malice.

La trilogie des Matrix restera sûrement comme un objet de culte pour certains, de pur plaisir pour d'autres, à la manière de l'Indiana Jones de notre enfance. Pourtant, on ne peut s'empêcher d'y voir une volonté de « jouer au plus malin », par cette façon de surligner des influences « nobles » comme la Bible, la philosophie ou autres traditions des films de genre. Matrix Revolutions, en démontrant le manque d'inspiration et de talent qui caractérise, in extenso, le style des frères Wachowski, ne clôture pas cette « saga » d'une brillante manière.

Matrix revolutions (The Matrix revolutions)
Réalisé par Larry et Andy Wachowski
Etats-Unis - 2002 - 128 mn
Avec Keanu Reeves, Laurence Fishburne, Carrie-Anne Moss, Hugo Weaving, Jada Pinkett Smith...
Date de sortie : 05 Novembre 2003

Laurence Reymond