Quand un jeu vidéo passe du pixel au grand écran, les gamers comme les cinéphiles serrent les dents. De peur qu'on ne vienne gâcher leur média de prédilection.
Max Payne revendique sa parenté cinématographique, sa suite étant même sous-titrée "A film noir love story". En faisant un pont d'or à John Moore, Max Payne semblait enfin concrétiser les espoirs des joueurs, et apaiser l'appréhension des autres. En vain.
- Les adaptations de jeux vidéo au cinéma : filmer n'est pas jouer
Brisé par le meurtre de sa femme il y a trois ans, l'inspecteur Max Payne végète au bureau des affaires classées. Il attend ce nouvel élément qui lui permettra de rouvrir le dossier. Avec l'émergence de la drogue Valkyr, les choses se précipitent autour de Payne, lui donnant peut-être enfin la chance de faire son deuil.
Après des adaptations molles comme celle d'Hitman ou Doom, Max Payne apparaissait comme le matériau de base le plus propice à une transposition réussie. Malheureusement, les choix faits par Moore et les scénaristes laissent perplexes, car au lieu de fluidifier l'intrigue, ils la compliquent tout en modifiant ses fondements. On échange ainsi un Payne en sous-marin dans la mafia pour la DEA en loser de placard aux affaires classées, on remplace un Lupino ganster azymuté en bodybuilder psychotique qui erre torse nu 24h/24, l'affrontement final au sommet de la tour qui voit s'écraser un hélicoptère en flammes se fait écarter au profit d'une exécution sommaire en ralenti du pauvre.

L'œuvre d'origine était assez riche et spectaculaire pour que Moore fasse un film de genre impeccable, mais il a préféré dégraisser maladroitement pour combler les lacunes avec des effets spéciaux facultatifs. L'approche pragmatique de la drogue Valkyr dans le jeu se voit ainsi traitée comme une hallucination dantesque peuplée de stryges. De peur que le ressort principal du jeu, le bullet time, ne devienne une excuse stylistique, John Moore se croit également obligé de réduire au maximum la durée des scènes d'action, comme s'il voulait démontrer que ce jeu-là a de la matière scénaristique.
Ce qui fait pourtant de
Max Payne le jeu un succès, c'est cet aspect pop-corn movie parsemé d'humour noir et d'extravagances. La vocation d'anti-héros
übermensch de Payne se retrouve justifiée par un
plot twist grossier, là où une endurance et une chance insolente à la John McLane suffisaient dans le jeu. Cette prudence mal placée transforme
Max Payne en un film mou à l'action sporadique, courte et mal orchestrée, au scénario artificiellement enchevêtré, au dénouement plat. En échec.
La faute à la réalisation, mais aussi aux acteurs.
Wahlberg développe trois expressions faciales, allant de légèrement dépressif à dépressif constipé,
Kunis manque de charisme en bitch portative, Bridges n'est pas crédible deux secondes en judas aux yeux de cocker.
Olga Kurylenko quant à elle, n'a pas remarqué qu'elle n'était plus dans
Hitman et poursuit son rôle de fille de mauvaise vie en robe rouge comme si de rien n'était.
Cette duplicité entre angoisse de la démesure et ambition dévorante font de
Max Payne un film inabouti et timide. En voulant rendre l'univers plus concret, en voulant humaniser ses personnages, Moore a puisé dans l'ésotérisme de bazar, l'hallucination littérale.
Une histoire simple et efficace telle quelle, tellement cinématographique qu'on aurait pu la transposer en l'état se voit mutilée par précaution.
Max Payne était pourtant l'un de ces rares jeux dont l'adaptation avait un sens. Dépossédé de ses origines vidéoludiques,
Max Payne au cinéma n'est qu'un polar bavard, ennuyeux du début à la fin.
On se demande encore comment Moore a pu rater l'adaptation impossible à rater.
Max Payne
De John Moore
Avec Mark Wahlberg, Mila Kunis, Beau Bridges
Sortie en salles le 12 novembre 2008
Rémi Vermont
Le 10 November 2008