Memento mori de Kim Tae-Yong


Critique

Note du film  par la rédaction

Lecteurs

Note du film  par les lecteurs

Votre note

Journaux intimes



Sous forte influence lynchienne et depalmienne, un film coréen étonnant, plein de bonnes intentions, qui ne parvient pas tout à fait à nous convaincre.
En Corée, il existe une tradition ignorée de nous : les journaux écrits à quatre mains (ou plus). Ces journaux intimes partagés sont souvent tenus par deux amants, ou deux copines, qui s'y racontent tous leurs secrets. Memento Mori, partant d'un tel journal, nous conte l'histoire d'un des secrets les plus lourds à porter quand on est élève dans un lycée pour filles : l'homosexualité.

Dès ses premières images, le film dresse un univers instable et mystérieux. A peine esquissé, le portrait du couple semble être une trêve dans l'hystérie qui domine le milieu scolaire. Véritable asile de folles, la salle de classe est le terrain des humiliations et des violences psychologiques. Découvert par Min-ah, le journal intime de Hyo-shin et Shi-eun va lui révéler la passion des deux jeunes filles. Un secret qu'elle ne saura garder, ce qui accélérera la chute de Shi-eun, son suicide. Dans cette première partie, le film réussit à créer et à maintenir une tension qui nous rappelle les films de Lynch, en particulier par le travail sur le son. Une référence explicite, puisque certains plans semblent "empruntés" directement à l'américain.

Mais le film change brusquement de registre. En effet, le suicide va faire basculer le lycée dans la peur, puis l'horreur, alors que Min-ah, détentrice du journal, ne saura comment se débarrasser de ce lourd fardeau. Le film bascule alors dans le fantastique le plus pur, et délaisse le portait au vitriol de la jeunesse coréenne, façon Virgin Suicides, pour atteindre un final façon Carrie, en plus grandiloquent encore. Si cette dernière partie est un peu en-deçà du reste du film, il n'en reste pas moins que le glissement vers le fantastique, initié par la prise de possession du lycée par le fantôme de la disparue, donne lieu à quelques scènes très efficaces.

Entre jolis instants intimistes, scènes de cruauté collective et apparition d'un fantôme Bigger than Life, Memento Mori est un film curieux, pas vraiment réussi, mais néanmoins attachant.

Laurence Reymond Le 10 mai 2002
- Lire aussi le dossier consacré au Cinéma coréen (février 2004) - Lire l'interview de Jean-François Rauger, programmateur de la rétrospective "50 ans de cinéma coréen" à la Cinémathèque française - Lire le portrait du cinéaste Kim Ki-duk