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Rien ne semble unir l'histoire spécifiquement anglo-saxone du film de 1956 aux petites anecdotes parfois comiques ou pathétiques, mais toujours justes de cette chronique japonaise. Celle-ci est inspirée d'une bande dessiné (Petite Nono) d'Isaichi Ishii très célèbre au pays nippon. A l'instar de Snoopy ou Mafalda, des dessins très simples, au graphisme enfantin, illustrent les petites récits d'une vie quotidienne légèrement teintée d'absurde. Les protagonistes en sont les membres d'une famille soudée malgré les différents. Il y a le père, cadre dans une entreprise dont l'éloignement l'oblige à se soumettre à la tyrannie du train de banlieue et donc à partir tôt le matin et à rentrer tard le soir ; son épouse, femme au foyer aux gestes englués dans un vague ennui ; la propre mère de celle-ci, qui en tant que doyenne, comme le veut la tradition, habite la maison de sa fille, ce qui ne va pas sans créer quelques conflits d'autorité ; et, pour finir, le grand frère et la petite soeur, l'un travaillé par les hormones de l'adolescence et l'autre bercée par les rêveries de l'enfance. Ainsi rien que de très prosaïque, d'excessivement banal. Et pourtant...
Comme dans l'ouvrage d'Hitchcock, le dérèglement vient ici signaler la somnolence du cadre familiale. Il le révèle et permet dès lors d'en sortir. Si cette rupture se devait dans la fiction américaine d'être spectaculaire et prenait la forme d'un rapt, elle est ici tout en retenue, en minimalisme. Elle est infime. Cependant, comme le veut la théorie du chaos, où une vibration d'ailes de papillon cause de furieux ouragans, elle fait boule de neige. Mais ces petits brisures ne produisent pas que des catastrophes du quotidien. Elles poussent également à la rêverie et à la fantasmagorie. L'adulte ou l'enfant s'arrête, s'immobilise durant un temps indéfini pour s'envoler sur les ailes du rêve. L'irréel devient alors l'élément indispensable d'une vie rendue pesante par les contingences des jours qui filent.
Où l'un usait de la symphonie pour peindre les liens qui unissent de manière indéfectible les membres d'une famille, malgré les tensions et les désirs d'évasion, l'autre joue d'une modeste flûte. Ce qui ne l'empêche pas de laisser soudain souffler le vent des angoisses et du lyrisme. Le film est scandé par d'espiègles haïkus, minuscules poèmes de 17 syllabes dont les touches d'aquarelle retiennent des instants fugitifs à la beauté trop vite consumée. Cette modestie n'empêche pas néanmoins l'élan vers une expression mouvementée et pleine d'entrain. Les Yamada se lancent alors vers les cieux ou s'enfoncent dans les profondeurs des océans. Leur horizon par la magie de la pensée et du dessin s'élargit. Ils sortent du confinement de murs trop vus, de rues trop connues pour, le temps d'un battement de cils, atteindre l'objet de leurs désirs.
Après le réalisme cruel du Tombeau des lucioles, Mes voisins les Yamada peut surprendre. En fait, une même sensibilité s'y exprime. On y trouve les ruptures de tons et de graphismes qu'affectionne Takahata. Et c'est le même rapport au temps qui s'y déroule, un écoulement où les jours se chassent avec douceur, des jours sur lesquels planent les ombres de la fin et de la mort. Cette peinture pleine de pudeur saisit une expérience du temps qui passe commune à tous et à chacun. Elle est à l'origine du plaisir que ces scènes si profondément japonaises amènent à chacun d'entre nous.
Mes voisins les Yamada
De Isao Takahata
Avec Tôru Masuoka, Yukiji Asaoka, Naomi Uno
Japon, 1999, 1h44.
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