Mesrine : L'Ennemi public n°1 de Jean-Francois Richet


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L'homme pressé



Après une période faste de cambriolages tous azimuts, Mesrine s'intéresse autant à sa propre légende qu'à l'argent des banques. Moins brutal que L'instinct de mort, le deuxième volet perd en puissance ce qu'il gagne en précision. Pour un résultat tout aussi convaincant.

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Mesrine insistant sur la prononciation de son nom « Mé-ri-ne, tu dis comment toi tu dis Rosseny sous Bois » à un policier en plein interrogatoire. Si la scène d'ouverture de L'instinct de mort - l'assassinat du gangster porte de clignancourt - figurait l'issue fatale d'une existence brûlée par les deux bouts, celle de l'ennemi public symbolise un combat plus vain encore : vouloir imposer son individualité face au système. Croire qu'on peut imposer sa propre vision de l'histoire, aussi facilement qu'un révolver sur une tempe.
Or, trente ans après, Mesrine est toujours « Messerine » et l'homme qui voulut mettre à genoux le monde devant sa flamboyance, n'a même pas réussi à faire admettre la prononciation correcte de son patronyme.

On s'aperçoit, tout au long du film de Richet, que tout gangster irrécupérable qu'il soit, Mesrine est aussi un pur produit de son temps : celui de la télévision de masse, celui où un président de la République manifeste sa fibre populaire en allant dîner chez les citoyens. Etre l'ennemi public numéro 1 c'est être livré à tous les regards, ceux de la police et ceux de la foule. Mesrine sera donc le gangster dont les frasques accompagnent les Français dans leur univers domestique. On parle de lui à la radio, à la télé, son nom est sur les Unes des magazines de salles d'attente. Pour un type qui veut faire plier le système, la manipulation des medias devient une nouvelle obsession.

Sous le feu des medias

Si L'instinct de Mort laissait pantois par la réussite brute de ses scènes d'action, l'ennemi public frappe par sa sophistication. On est plus dans le spectaculaire, mais dans le spectacularisé.

Mesrine qui transforme son arrestation par le commissaire Broussard en réception mondaine ( il accueille le flic, champagne en main vêtu d'une belle chemise), Mesrine qui balance une moulure de ses propres menottes au tribunal de Compiègne avant de s'en enfuir avec le juge pris en otage, Mesrine qui monnaie ses interviews. Mais c'est moins l'enchaînement épileptique des événements que l'implacable logique à l'oeuvre qui intéresse Richet. La transformation - et la radicalisation - d'un homme sous le feu des medias suppose une mise en scène moins nerveuse, une gestion du temps moins azimutée que dans le premier volet.
Même si le paradigme lui ne change pas : filmer au plus près, mettre l'homme au centre d'un dispositif où tout le reste n'est que decorum. L'animal indomptable ne se rend pas compte qu'il ne se débat cette fois que dans une cage.

Amalric, négatif parfait de Cassel

Jamais la solitude du gangster n'est apparue avec autant de force.
Même entourée de la troublante Ludivine Sagnier, magnifique de superficialité tragique, tout acquise à la folie d'un homme, femme-objet de consommation aimée et aimante jusqu'à la fin.

Même accompagné de l'inquiétant François Besse, véritable « négatif » de Mesrine : discret, peu causant, hermétique aux embardées politico-révolutionnaires de son acolyte. Besse offre une image finalement plus convaincante de la subversion. Celle qui est sourde aux sirènes des medias comme au mythe révolutionnaire. Amalric y épate dans ce rôle de psychorigide (littéralement) insaisissable et déterminé.
Tout en retenue et en austérité, il est lui aussi le "Négatif" de la vampirisation démente que Cassel opère sur son propre personnage. Cassel qui a pris quelques kilos et en fait des tonnes puisqu'il n'est pas possible d'interpréter autrement un homme ainsi livré en pature à ses excès.

Ni Christ, Ni Che

Excès qui l'emmèneront très loin sur le chemin de la radicalisation. Ainsi, celui qui fut un criminel aux penchants racistes, fricotant avec l'OAS, se fantasme ici en révolutionnaire d'extrême gauche. L'époque a changé et l'exemple des Brigades Rouges satisfait désormais mieux sa sociopathie et son narcissisme.
C'est Charlie Bauer, Gérard Lanvin - inattendu et convaincant anarchiste marseillais - qui le ramènera à la réalité de ses désirs, ceux d'un homme qui n'aime que le fric, les femmes et la liberté offerte par le crime.
L'une des scènes les plus dérangeantes reste d'ailleurs celle où Mesrine enlève un journaliste d'extrême droite qui l'a traîné dans la boue. Le gangster manque de tuer Jacques Tillier comme on tuait pendant la guerre d'Algérie. La scène à la violence crue fonctionne comme un saisissant retour du refoulé et un retour du réel : Mesrine est plus près de l'assassin que du libérateur.

Contrairement à ce qui s'écrit parfois, L'ennemi Public n'est donc pas l'apologie d'un héros mais le portrait d'un dément magnifique. Certes, la vision christique retenue pour l'affiche a de quoi surprendre, a fortiori ceux qui ont vu le film avant.
Car à part l'image du sacrifice public et la soif sanguinaire de la foule, Mesrine, presque déjà hors-champ dans le dernier plan, obéit à une règle symbolique plus modeste : pour devenir un mythe, il faut d'abord mourir.

Daniel de Almeida Le 18 novembre 2008

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Réalisateur : Jean-François Richet
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