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Sonny Crockett et Ricardo Tubbs sont de retour ! Sous la houlette de Michael Mann, celui-là même qui contribua à leur « naissance » télévisuelle, ils repartent pour une nouvelle enquête de haute voltige. Les fans du cinéaste applaudiront. Les autres pourront se contenter d'admirer ce beau boulot de professionnel, une belle toile aux lignes charpentées, sans plus d'enthousiasme.
Michael Mann est un « Auteur», nul doute là dessus. Mais c'est cette étiquette qui rend aujourd'hui sa production si problématique. L'homme fait œuvre cohérente où, d'un film à l'autre, se retrouve une même identité (Fluctuat avait déjà listé ces tics et caractéristiques dans un article publié à l'occasion de la sortie de Ali). Il a donc un style et celui-ci éclate dans chacun de ses plans. Miami Vice n'y fait pas exception. Mais, à l'instar de Collatéral, son précédent film, c'est à la fois sa qualité et son défaut.
Images high tech pour baroudeurs sans cervelle
Cette adaptation de la série télévisée Miami Vice (en français, Deux flics à Miami) est effectivement fort agréable pour les yeux. Oubliez l'esthétique des années 80, avec ses néons tapageurs et ses chemises fluo, que Mann lui-même, instigateur de la série, avait contribué à créer puis populariser. Loin du soleil et des couleurs criardes, le film baigne dans un bleu nuit, parfois gâché par des reprises de standards 90's en guise de B.O.. Cette adaptation est bien une ré-appropriation. Mann l'a marquée de son empreinte. Intérieurs design et impersonnels, clos par des parois de verre ouvrant sur une mer immaculée, tension entre immobilité anxieuse et mouvement frénétique, fascination pour la technique, nous sommes dans son univers mêlant l'organique au minéral.
L'usage de la caméra HD renforce cette identité. Michael Mann l'utilise pour la seconde fois après Collatéral. Elle permet un rendu unique des teintes nocturnes et de détacher, au premier plan, des figures sur des fonds lointains. Tout est net, précis, tranchant, et la netteté, Mann, il aime ça. A tel point que certaines scènes se résument à des lignes qui fendent le plan comme d'autres lacèrent des toiles au couteau. Le hors-bord file, l'avion virevolte, la décapotable accélère et, par la grâce du style, l'écran se transforme en peinture abstraite. Beautés des lignes et des couleurs qui confèrent au film sa tenue, malgré sa violence, et ravissent les amateurs.
Du pur formalisme
Mann a donc rempli son contrat. Il a remis au goût du jour les Sonny Crockett et Ricardo Tubbs qui faisaient vibrer nos postes de TV. Respectivement interprétés par Colin Farrell et Jamie Foxx, ils foncent dans la nuit, flinguent et font l'amour à 100 à l'heure. Leurs vies de policiers infiltrés au sein d'un groupe de trafiquants se frottent à la mort à chaque instant. La vitesse leur sert de fuite en avant. Elle les attire irrémédiablement, jusqu'à l'ultime limite, celle dont ils ne pourront plus revenir, celle d'entre les morts. Voilà à quoi se résume la psychologie de ces superflics. Le mouvement est leur morale et en cela, ils ne diffèrent en rien des précédents personnages de Michael Mann. Le souci vient de ce que cette psychologie sommaire n'a aucun intérêt, sinon comme génératrice d'action, et donc de plans et de mise en scène.
Qui dit personnages inintéressants, voire inexistants, dit histoire sans attrait. De cette énième mouture d'agents infiltrés dans une organisation criminelle très dangereuse, avec sa belle dont le héros tombe amoureux, on a déjà trop soupé. Quel ingrédient relève alors le plat ? Encore une fois, le style, uniquement. Car de la narration, on sent que Mann n'en a cure. En tenant compte du fait que chacun sait qu'il vient voir un film avec deux flics et que ça se déroule à Miami, il se dispense même d'une exposition. Avec un certain culot, il nous propulse dès la première seconde dans le flux de ses images. Le cinéaste concentre sa mise en scène, non sur le récit, mais sur sa vélocité et la dynamique qu'il produit. Le reste, il s'en contrefiche. Même le professionnalisme des gestes et le réalisme des détails (en particulier dans l'épisode au Paraguay, où l'on voit des miséreux fouillés dans les déchets produits par le commerce), dont Mann est si friand, ne valent plus grand chose au regard de cette attraction vers un pur formalisme. On peut le déplorer.
Ce créateur si fasciné par les frontières mouvantes de la moralité et dont on peut voir l'œuvre comme une relecture du mythe de Faust s'est laissé prendre au piège. Avec Miami Vice, il se laisse engloutir par l'image que lui renvoient ses exégèses, et son style devient sa propre caricature. Ne restent plus que le plaisir du mouvement et une grande toile parfois abstraite qui ne parvient pas à toucher. A moins d'être adepte de l'art pour l'art.
Miami Vice - Deux flics à Miami
Un film de Michael Mann
Avec : Colin Farrel, Jamie Foxx, Gong Li, Naomie Harris, Justin Theroux, Ciaran Hinds, Barry Shabaka Henley, Luis Tosar, John Ortz.
Etats-Unis, 2006 - 135 mn
Sortie en salles (France) : 16 août 2006

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