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Après le très beau Tan de Repente, on retrouve le cinéaste argentin Diego Lerman, plus adulte et plus grave, avec ce Mientras tanto au croisement de plusieurs destinés. Un portrait sous tension qui se joue du drame.
Portrait façon film choral de la middle class à Buenos Aires aujourd’hui, Mientras tanto fait se croiser les vies de personnages aux quotidiens sans passion. Cela pourrait sembler déjà vu ou un peu fade, mais devant la caméra de ce jeune cinéaste qui avait déjà commis l’excellent Tan de Repente, le quotidien lui-même s’ouvre sur une profondeur inattendue et perturbante. Soient Violeta, Eva, Mono, Dalmiro… : la première travaille dans un restaurant, et tente de se séparer du père de sa fille, forain de profession et un peu brutal. Elle accueille dans une chambre de bonne Eva qui s’installe dans la capitale, avec comme job… bonne justement. Elle rencontre ainsi deux familles, deux univers, où sa tâche n’est pas facilitée par le regard cruel de ses employeurs. Dalmiro, le fils d’une vieille dame pour qui travaille Eva, tient un atelier de céramique, et se voit contraint de licencier son unique employée. Petits boulots et quête du bonheur : voilà ce qui occupe chacun des personnages à sa manière. Mientras tanto (pendant ce temps) joue de manière assez classique la simultanéité et l’enchevêtrement de ce tissu humain.
La première image nous met face à une jeune femme essoufflée, terrifiée et le visage ensanglanté. Une heure plus tard, nous aurons l’explication de cette image séminale, qui instaure brutalement l’idée de la violence, là où tout le film se gardera bien de la montrer. À travers des cadrages et une mise en scène pourtant relativement « neutre », c’est par le rythme et l’agencement de ce puzzle humain que s’instaure une tension continue. Une tension qui exprime le sujet profond du film : le rapport d’employeur à employé. Par petites touches, le film analyse les différents états provoqués sur l’individu par le monde du travail : Eva se fait totalement exploiter par ses employeurs, et devient presque une esclave persécutée par le chien de la maison qui semble faire exprès de poser sa crotte dans la cuisine. Violeta est gentiment draguée par son employeur, ce que découvre son compagnon, qui passe directement aux menaces physiques, provoquant le licenciement de Violeta. Comme dans un circuit fermé, monde du travail et sentiments agissent les uns sur les autres, et provoquent souvent le pire. Même depuis son statut d’employeur, Dalmiro subit les représailles de son employée licenciée, lorsqu’il découvre son atelier totalement dévasté.
Mais Mientras tanto n’est pas un film désespéré. Même si ses personnages mènent des vies sans passion apparente, le regard porté sur eux par le cinéaste n’est jamais méprisant. À la fois victimes et bourreaux, ils construisent progressivement leurs vies. À côté de la fanfare christique d’un Carlos Reygadas sur le même thème (Bataille dans le ciel), la petite mélodie entonnée par Lerman nous livre un Buenos Aires bien plus humain et sensible. Une véritable fable, parfois drôle et qui pour une fois oublie de nous surjouer le drame du quotidien.
Mientras tanto
De Diego Lerman
Avec Valeria Bertuccelli, Maria Merlino, Claudio Quinteros
Sortie en salles le 29 août 2007

Illus. © Pyramide Distribution
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