Millénium de Niels Arden Oplev


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Attendue par les dizaines de millions de personnes qui ont lu les romans de Stieg Larsson à travers le monde, l'adaptation au cinéma du premier tome de la trilogie Millénium, Les hommes qui n'aimaient pas les femmes, ne décevra pas. Trame, personnages, décors... Millénium le film est parfaitement fidèle au bouquin. Presque trop.
C'est une fois transposée à l'écran qu'on se rend compte à quel point la trilogie de Stieg Larsson, phénomène de librairie de la décennie, était faite pour le cinéma. Le matériau de départ est si adapté aux images qui bougent qu'on a simplement l'impression de relire le bouquin. Et c'est paradoxalement le problème de ce Millénium au cinéma : lorsqu'on a lu le livre, on risque de trouver les 2h30 du film un peu longues. L'intrigue est aussi bien ficelée et le rythme tout aussi soutenu, mais cette fois on est déjà passés par là.
Qu'on ait été pris de la fièvre Millénium ou qu'on ait juste apprécié les bouquins comme des polars bien prenants, on a tous éprouvé la nature addictive de l'histoire. On se replongeait dedans comme dans une série dont on ne peut s'empêcher de bouffer dix épisodes d'affilée, et c'était là toute sa force. Au cinéma, cette boulimie est passée, et on ne sait plus si la grande fidélité du film au livre est une qualité ou un handicap. Reste au moins un bon polar dont l'atout majeur est de nous venir des froides contrées de Suède qu'on avait peu revues depuis Bergman.

On doit reconnaître au réalisateur danois Niels Arden Oplev le talent d'avoir su saisir et restituer à merveille l'atmosphère âpre et glaciale des livres de Larsson. Les décors et paysages sont presque exactement comme on les a imaginés, c'en est troublant. Le casting est excellent, surtout dans le choix de Noomi Rapace qui incarne donc la hackeuse punk Lisbeth Salander. Piercings et tatouages en nombre, crâne rasé d'un côté, corps androgyne, l'actrice quasi débutante a visiblement saisi la nature complexe du personnage, au-delà de la transformation physique, jusque dans le regard et le langage du corps. Les visages sont burinés et ardus comme un hivers à Stockholm, la violence de certaines scènes, notamment du viol, n'a pas été édulcorée, et l'on sait gré d'ailleurs aux producteurs suédois d'avoir dégainé avant Hollywood, dont la moulinette aurait sans doute enlever toute sa saveur nordique au film. Mais au-delà d'un scénario solide qui a déjà largement fait ses preuves et de l'exotisme scandinave, on cherche un peu le caractère propre de ce Millénium. A avoir été si fidèle à la matière de départ, le réalisateur s'est effacé devant son sujet, jusqu'à neutraliser sa mise en scène, et c'est un peu dommage. Taillé pour être un blockbuster, le phénomène Millénium ne prendra peut-être pas la même ampleur dans les salles que sur nos tables de chevet.

Millénium
De Niels Arden Oplev
Avec Michael Nyqvist, Noomi Rapace, Sven-Bertil Taube
Sortie en salles le 13 mai 2009

Illus. © UGC Distribution

Vanina Arrighi de Casanova

Le 12 May 2009
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