Rebelle adolescence de Alison Murray


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Mystère de la distribution, Rebelle adolescence sort après cinq ans à errer entre festivals et sorties DVD. Ellen Page en tête d'affiche n'y est sûrement pas pour rien. Hélas, elle ne rattrape pas une œuvre inégale malgré une première partie prometteuse.
On le tient notre premier film sur les travellers. Avec dix ans de retard, mais il est là. Etrangement, le cinéma ne s'est jamais emparé du plus important mouvement libertaire et nomade des années 90 en Europe. Bâti sur les cendres du punk dans une Angleterre sortant du thatchérisme, fédéré au son des free party techno servant de rite tribal à ces communautés post hippie, le mouvement traveller est un monde opaque, anarchiste, à l'esthétique post-apocalyptique intimidante vue de l'extérieur. Un phénomène de société que Rebelle adolescence semble d'abord prendre à bras le corps en faisant d'Ellen Page, punkette paumée séduite par les leaders d'une communauté aux idéaux un peu vagues, son témoin. Pendant 30 minutes, le film s'engouffre ainsi dans un road movie et accompagne ses personnages largués en partance pour un teknival au Portugal. Le manque de moyens est perceptible, mais l'envie d'épouser cet appel du large utopique, juvénile et marginal crépite de quelques flamboyances où entre justesse du ton, des sentiments, moments d'ivresse quasi onirique et brusque retour à la réalité, le film trouve sa voix. Alison Murray jongle entre l'étude sociologique et le portrait sensible d'un itinéraire adolescent, mélangeant les craintes à l'hébétitude, les doutes aux possibles, l'affectif à un devenir collectif, le corps et le monde. Se dégagent des moments de suspension où la raison bascule, avec la rave comme apothéose en forme de cascade psyché et émotionnelle.

Sauf que passée la première demi-heure, ce qui clignotait déjà ici ou là, va grignoter tout le récit. Les travellers étaient en fait un prétexte pour montrer les dérives sectaires des communautés radicales. Que Murray stigmatise en utilisant Ellen Page, actrice, spectatrice et survivante d'une famille de substitution où le révélé gourou a bien appris son petit manuel du parfait chef de secte. Le road movie décroche alors vers une lente descente anxiogène et psychologique où la mère de Page, brusquement débarquée du scénario durant la rave, souligne grossièrement les conséquences générationnelles. Le message est clair : certains profitent du désordre laissé par des parents irresponsables en créant l'illusion d'un destin collectif. Amorcé très tôt et parfait contre-point à l'euphorie préliminaire, ce virage discursif, atrocement sursignifié par la bande son, tarit un peu les promesses initiales. Murray crée bien une tension proche du fantastique pour creuser le climat d'asservissement progressif, elle conclut par un ultime appel à la liberté individuelle, mais le constat, elliptique, met des pointillés là où émergeait au départ un regard adolescent sur un être ensemble dont il aurait dû distinguer lui-même les limites. Murray manque de confiance en son personnage, elle surligne. L'expérience tourne à la critique d'un communautarisme substituant un idéal en pouvoir coercitif. Un air connu.

Rebelle adolescence
De Alison Murray
Avec : Ellen Page, Eric Thal, Natasha Wightman
Sortie en salles le 01 juillet 2009

Illus © Cosmopolis Distribution

 

Jérôme Dittmar

Le 29 June 2009
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