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A peine six mois écoulés depuis le monumental La Guerre des mondes que voici Munich. La vélocité des tournages de Steven Spielberg est unique. Personne, même à Hollywood, n'aura atteint une telle capacité à enchaîner des productions si conséquentes. A aller trop vite, Spielberg pourrait céder au bâclage, mais non. Passer de la science-fiction pour la renouveler, à un événement aussi complexe que la prise en otage des athlètes israéliens à Munich en 1972 par le groupe terroriste palestinien Septembre noir, c'est pour Spielberg l'occasion d'innover dans la continuité.
Chaque nouveau film de Spielberg reflète une proposition de mise en scène, voire une esthétique. Depuis sa collaboration avec Janusz Kaminsky (sur Saving Private Ryan), les films de Spielberg ont changé. Ils sont plus riches, complexes, noirs, la lumière y traduit des états, des sensations ; les détails des décors ou objets foisonnent jusqu'au fétichisme. C'est ce qui séduit et intrigue dès les premières minutes de Munich où, à travers une série d'images hétérogènes (différents points de vue et images d'archives), Spielberg reconstitue la prise d'otage. La lumière du film y colle à celle de l'époque, précisément à sa « réalité photographique », soit le souvenir d'images soumises aux techniques du passé retraduites par celles du présent. Cet étrange décalage temporel du statut de l'image donne à Munich une teinte singulière éloignée du simple artifice. Elle estompe les frontières entre une vision d'auteur et une certaine forme de « réalisme » (*).

La famille, éternel trait d'union
Munich est à ce titre plus proche de La Guerre des mondes ou de Minority Report que des tentatives humanistes naïves de Spielberg. Film sombre et violent aux irruptions d'une crudité inédites chez le cinéaste, à la froideur à peine contrebalancée par des saillies d'humour juif, Munich est surtout dédié à un visage qui se défait, s'use, celui d'Eric Bana. A travers lui, Spielberg réussit une pirouette : il ne propose pas de réel point de vue critique, il évite l'écueil du manichéisme dans les diverses confrontations au fil du film avec les proches des victimes ou les hommes de l'autre camp. Munich ne prend pas parti, mais propose une ligne fédératrice, toujours la même chez Spielberg : la famille, éternel trait d'union du monde pour le cinéaste.
La place du père (Bana) comme être conscient du monde, reflet d'une responsabilité dont il a la charge, esquisse le portrait d'un Spielberg tentant une actualisation de son cinéma au travers d'une Amérique qu'il interroge en creux. Sans contestation ni morale, il ajoute à son œuvre une dimension plus ample, fondée sur l'expérience du monde et non sur un discours global voué à la vérité. Prendre ce parti avec le sujet brûlant de Munich, et ainsi risquer d'humaniser le terrorisme, est moins une justification qu'une simple et honnête remise en perspective, à hauteur d'homme, des actes et des idéologies qui les engendrent.

Munich
Un film de Steven Spielberg
Etats-Unis, 2005
Durée : 2h40
Avec Eric Bana, Daniel Craig, Ciaran Hinds, Matthieu Kassovitz, Matthieu Amalric, Michael Lonsdale...
Sortie salles France : 25 janvier 2006
(*) Sur cette question, voir également notre chronique de Good Night and Good Luck (George Clooney, 2004). Un débat que Spielberg avait lui-même contribué à ouvrir dès La Liste de Schindler (1993).
Sur le web : - Le site du film - Consultez salles et séances sur le site Allociné.fr
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