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Honorant son ambition d'offrir une « nouvelle aventure du héros » plutôt qu'une suite dupliquée, OSS 117 : Rio ne répond plus propose un spectacle jubilatoire, aussi drôle qu'irrévérencieux. Brio de la mise en scène et génie des dialogues font définitivement entrer Jean Dujardin et son personnage dans la légende de la comédie française.
- Voir notre entretien avec Jean-François Halin, scénariste et dialoguiste d'OSS 117.
En 2006, OSS 117, Le Caire nid d'espions avait introduit une subtile élégance au sein de la comédie française, reproduisant l'esthétique des anciens films d'espionnage pour mieux brocarder l'esprit paternaliste de la France des années 1950. La puissance comique du personnage (qui a oublié Jean Dujardin chantant Bambino en arabe ?) plaçait la barre très haut pour ce second volet. Désireux de renouveler la tonalité générale, les auteurs de Rio ne répond plus ont effectué un judicieux saut de 12 ans, propulsant leur espion gaffeur dans le Brésil de 1967.
L'humour ne va ainsi plus reposer sur le post-colonialisme à la française mais sur l'héritage moral de la Seconde Guerre mondiale et l'émergence de la génération des baby boomers. Face au bouillonnement du monde, la France présidée par Charles de Gaulle cherche avant tout à sauvegarder les apparences de sa vertu : les services secrets chargent donc OSS 117 (Jean Dujardin, immense) de récupérer un microfilm compromettant des mains d'un nazi réfugié au pays de la samba. Il lui faudra pour cela s'allier avec une charmante lieutenant-colonel du Mossad (Louise Monot, impeccable). Ce contexte historique est abordé en toute décontraction, avec une sidérante liberté de parole. Dès la magnifique séquence d'ouverture (petit chef d'oeuvre à elle seule), l'euphorie répond présente : débutant sous les meilleurs auspices, Rio ne répond plus va dérouler durant 1h40 un trajet comique d'une précision millimétrée.
Le décalage permanent
Si l'action du premier volet prenait place dans un espace réduit et des décors récurrents, Rio ne répond plus décline une grande variété de lieux pour épouser la forme d'un voyage énergique. Quittant le seul vivier des agents secrets, Hubert Bonisseur de la Bath se frotte à un entourage plus ample, à commencer par les hippies qui lui font entrevoir un modèle de vie alternatif. Cette comédie bénéficie en permanence de richesses multiples, revêtant simultanément les habits du film d'aventures exotique (on songe à L'Homme de Rio), du pastiche de luxe ou du brûlot politique. A la manière des malicieuses Lettres persanes de Montesquieu, les auteurs profitent d'une intrigue se tenant dans un pays étranger pour taquiner la société française. Par le biais d'un œil faussement naïf, le film s'autorise ainsi des remarques hilarantes, dont certaines font fatalement écho à la France de 2009.
L'audace des situations concoctées par l'excellent Jean-François Halin (co-dialoguiste et co-scénariste) et Michel Hazanavicius fait baigner l'ensemble de la narration dans un océan comique de haut niveau. Ainsi, lorsque OSS 117 discute avec ses alliés juifs, le spectateur sait parfaitement quels enjeux historiques la conversation met en oeuvre, mais l'espion multiplie lui les maladresses. Ses gaffes proviennent autant de son ignorance naturelle que du manque de recul historique que continue d'entretenir la France (de 1967) vis-à-vis de la Collaboration. L'humour peut ainsi jouer sur différents niveaux; et si le personnage ne dispose jamais du bon curseur géopolitique, Michel Hazanavicius évite toujours de condamner trop hâtivement son héros.
Un personnage en mutation

Une ambition française
Dans un même souci de continuité, on retrouve les clins d'œil à Alfred Hitchcock qui faisaient la saveur du premier volet. Là où Le Caire nid d'espions multipliait les références visuelles à L'Homme qui en savait trop, plusieurs séquences mythiques de Sueurs froides et La Mort aux trousses sont cette fois évoquées. Au-delà du plaisir de la citation, ces allusions au maître anglais marquent l'ambition théorique (pour ne pas dire la filiation) de la saga, qui souhaite redonner au divertissement hexagonal ses lettres de noblesse. Conciliant fantaisie et soin du détail, le film s'offre ainsi le luxe de moduler son rythme dans la dernière demi-heure, virant presque à la quête contemplative. Rio ne répond plus témoigne en cela d'une vraie foi dans le cinéma, envisagé comme un lieu ouvert à tous les possibles où un "vieux jardinier" invisible peut donner un précieux coup de main au héros tandis qu'un Nazi se met à réciter le célèbre monologue de Shylock issu du Marchand de Venise de Shakespeare.
Décapant, euphorisant et porté par un Jean Dujardin en état de grâce, Rio ne répond plus tire la comédie française vers des cimes fantasmatiques que seul un troisième volet des aventures d'OSS 117 semble en mesure d'égaler.
OSS 117 : Rio ne répond plus
De Michel Hazanavicius
Avec Jean Dujardin, Louise Monot, Alex Lutz
Sortie en salles le 15 avril 2009

Illus.© Gaumont Distribution
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