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On avait suivi l’explosion à retardement de la violence au lycée de Columbine dans Elephant. Avec Paranoïd Park, Gus Van Sant retourne au pays des ados, mais cette fois-ci il décide de centrer tout son film sur un personnage, Alex, qui commet un soir un crime involontaire, poussant sous un train un gardien de la paix. Face à l’enquête de la police et aux questions des proches, il décide de mentir. Mais, pour se soulager, il écrit. Et c’est ce récit qui va progressivement permettre de donner leur sens et leur chronologie à l’ensemble de souvenirs et d’impressions sur lesquels se construit le film. En choisissant de se placer uniquement du point de vue d’Alex, GVS s’offre un film trip et mental, où la découverte progressive des faits, façon puzzle, joue bien moins la carte du suspens que celle d’une sorte de mélancolie angoissée. Un mode, une tonalité chère au cinéaste, et inscrite ici dans cette petite mélodie de Nino Rota, volée chez Fellini, et qui, répétée sans cesse, module à la fois la tristesse, l’ironie et l’angoisse.

Nombreux ralentis, son direct occulté, plans qui virent au noir : Paranoïd Park est un film qui ne cesse de s’enfoncer un peu plus loin dans quelque chose de mystérieux, une plaie, un trou noir comme ce souvenir du geste fatal qui ne veut d’abord pas refaire surface. Alors que son personnage principal est hanté par un souvenir, le film est lui-même hanté et habité par des formes paradoxales : si Alex a le physique d’un personnage coupable du Caravage, les nombreux gros plans semblent parfois se transformer en portraits directement liés à la peinture classique. Mais, alors qu’il se douche lors de la nuit fatale, son visage mangé par le noir et les sons de tempête qui l’envahissent le propulseraient presque dans une installation de Bill Viola. Aussi fasciné par un art classique et ses représentations du corps, GVS n’en est pas moins avant tout un expérimentateur. S’il passerait presque pour un film classique après sa trilogie Gerry/Elephant/Last Days, Paranoïd Park s’inscrit pourtant dans une filmographie qui semble consacrée à l’isolement de l’individu et à ses conséquences. Avec, toujours, la marque d’un véritable poète cinéaste, qui nous plonge ici, comme en apnée, dans l’inquiétude adolescente. Les images en Super 8 des « vrais » skateurs de Portland semblent ainsi superposer aux mouvements de balancier de ces ados comme en lévitation, suivis par une caméra qui semble avoir des ailes, le mouvement fatal du pendule, celui du temps.
Comme détachés de la société et de sa comédie humaine, Alex et les autres s’en vont chercher – dans la nature, tellement importante chez GVS, dans les rêves ou ailleurs – un peu plus d’une vérité. La leur, car c’est par là qu’il faut commencer, même si « personne n’est jamais prêt pour Paranoïd Park ».
Paranoid Park
De Gus Van Sant
Avec Gabriel Nevins, Jake Miller, Daniel Liu
Sortie en salles le 24 octobre 2007

Illus. © MK2 Diffusion
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