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Les frères Larrieu signent leur quatrième film. Présenté en compétition officielle à Cannes en mai dernier, alors encensé par la critique française mais hué par la presse internationale, Peindre ou faire l'amour est de notre avis un film français peu original, mais d'où se dégage une certaine beauté.
Sans compter les pesantes références, balancées comme autant de justifications : de tels artifices épuisent. Aussi on pourrait penser que le défaut principal de ce film serait sa trop grande préciosité. Tout cela ne viendrait-il pas du titre, Peindre ou faire l'amour ? Les réalisateurs déclaraient récemment (1) qu'ils auraient pu appeler le film "Faire le jardin ou faire l'amour, Jouer aux boules ou faire l'amour" ils n'y ont "pas pensé à vrai dire. Dans le film il n'y a aucune parole sur le sexe". Outre qu'en matière de sexe, peindre, faire du jardinage ou jouer aux boules peuvent être des métaphores très évocatrices, reste que le nœud (sans jeu de mots) de ce long-métrage reste bien le désir, ambigu, difficile à cerner tant il serait amoral. Une fois lancés dans le vif du sujet, après être passés par l'introduction pesante, les Larrieu deviennent justes, précis et limpides. Et là réside la beauté du film.
Madeleine et William sont des quinquagénaires proches de la retraite. Leur vie familiale est derrière eux - leur fille habite désormais en Italie -, leur vie sociale paraît confinée à des amitiés convenues sans risque ni réel engagement. Leur couple "fonctionne" : des liens sans histoire, sans fâcherie, sans déception, sans frustration… et sans surprise. Quand ils emménagent à la campagne, ils sympathisent avec le maire, aveugle, et avec sa femme. Cette amitié paraît les surprendre un peu. Entièrement offerte, elle est sans calcul ni fausse pudeur. Car Eva et Adam forment un couple qui leur ressemble au fond. Tout se passe comme si, à leur contact, ils retrouvaient quelque chose de leur vérité première, de leur vingt ans. Ils leur amènent l'inattendu et la vie qui leur manquait. Aussi, ils n'hésitent pas à les héberger pour leur venir en aide : à être charitable. Le mot est lancé, et les Larrieu, pour le meilleur cette fois, n'hésitent pas à aller jusqu'au bout de toutes ces ambiguïtés, d'une charité qui se reçoit parce qu'elle a donné, qui se justifie plus par le contre-don… de soi.

Dans cette histoire, le mot juste est désir. William et Madeleine font l'amour ensemble depuis longtemps et leur envie ne s'est pas tarie, pourtant l'histoire leur offre l'occasion de se laisser aller à ce qui pourrait être leur démon de midi. Difficile d'accepter ce qui a l'air en apparence si amoral : baiser pas parce qu'on aime, ni par charité, ni par amitié, juste parce que l'envie le permet, dans un geste gratuit, sans être retenu d'aucune attache si ce n'est celle des propres limites de sa bienséance. On voit là que Peindre ou faire l'amour se place dans une perspective tout aussi passionnante que réjouissante, même si on constate parfois à ses dépends que trop d'esprit en tue la lettre.
Peindre ou faire l'amour
Réalisé par Arnaud & Jean-Marie Larrieu
Avec Sabine Azéma, Daniel Auteuil, Amira Casar...
Durée : 1h 38 min. 2004
Sortie salles France : 24 août 2005
(1) in Libération, le 24 août 2005.
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