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Adapté de la bande dessinée éponyme par sa créatrice, Marjane Satrapi, et par Vincent Paronnaud, alias Winshluss - auteur, lui, d'albums plus underground - le film Persepolis sort largement de son cadre d’origine pour devenir une œuvre à part entière, riche, intelligente et autonome. Ovationné à Cannes, avant d’être récompensé par le prix du Jury, il possède les arguments pour séduire un large public… qui paraît conquis d’avance. Trop ? Chronique + interview avec les réalisateurs.
A Téhéran, depuis la chute du Chah jusqu'au retour des « barbus », c'est à travers les yeux de Marjane, huit ans, qu'est proposée une relecture de l'histoire du pays, sans le voile de la censure officielle. Opposant au régime, la famille, éclairée, de la jeune fille subit de plein fouet les horreurs de la répression puis de la révolution. Assez finement apparaissent alors les conséquences d'un sentiment d'injustice sur le comportement d'une jeune fille qui se heurte à l'imbécillité d'un drôle de système et le défie avec l'insolence de son âge.
Seules les premières minutes inquiètent. La faute à l'extrême simplicité d'un graphisme qui ne s'embarrasse pas de détails et donne l'impression que les voix coïncident mal aux mouvements de bouches, esquissées plus que dessinées. L’aspect rudimentaire du dessin s’avère cependant un choix judicieux, voire nécessaire. Il permet, allié au noir et blanc, d'établir un décor réaliste et relativement universel qui sied parfaitement à l'évocation de ces temps douloureux. D’une certaine façon, le dessin, empreint de poésie et d’une douce mélancolie, s'efface pour se mettre au service d'un récit dont l'intérêt est plutôt politique.
Souvent drôle, il se moque joliment des hommes et des absurdités d'un régime idiot qui maintient l'ignorance pour mieux assoir son pouvoir. Les femmes sont épargnées, pas les soldats, qui sont des « cons et des connards » pour la sympathique grand-mère rebelle. Pourtant, les garants du régime en place ne sont pas bêtement condamnés. Au contraire même, leur part d’humanité transparaît souvent, notamment dans leur facilité à céder aux mensonges et aux charmes féminins. Dénué de manichéisme primaire et de mièvrerie, cette charge contre le régime iranien devient parfois très émouvante et peut tirer quelques larmes aux plus sensibles.
Il convient cependant de ne pas accorder trop de crédit à la petite histoire de l’héroïne qui, grâce au travail sur la mise en scène et les transitions, se confond si bien avec la grande Histoire, dense, mais intelligemment exposée. Issue d’une famille aisée absolument pas représentative des « foyers iraniens moyens », la petite Marji reçoit, en effet, une éducation politisée dont l’ouverture d’esprit étonne. Elle donne à la gamine une insolence qu’on suppose absolument pas représentative mais qui a l’avantage de flatter le regard occidental qui s’y reconnaît. Ce « défaut », probable garant du succès de la BD, préexistait donc au film et ne gênera pas les aficionados mais pourra en agacer d’autres.
Susceptible d'éveiller de jeunes consciences sur un sujet aussi précieux que la liberté d'expression, Persepolis est un charmant dessin animé, qui s'adresse d'abord aux adultes mais conviendra parfaitement aux enfants, à partir de 12 /13 ans.
Persepolis
De Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud
Avec les voix de Chiara Mastroianni, Catherine Deneuve, Danielle Darrieux
Sortie en salles le 27 juin 2007

Illus. © Diaphana Films