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Quelle tête à claques, ce Pinocchio ! On se prend à rêver, au cours de la projection, qu'il retourne à son état végétal originel. Le célèbre "burratino" est ici interprété par Benigni lui-même, et l'entendre glapir "Babo" ("Papa" en v.o.) tout au long du film est une épreuve harassante. Le 26 mars sur nos écrans.
Pour réaliser son projet, Benigni a bénéficié d'un budget de 40 millions d'euros, somme colossale pour une production entièrement italienne. Sorti le 10 octobre 2002 en Italie, le film a monopolisé un tiers des écrans de la Péninsule. Il a rassemblé près de 10 millions d'euros de recettes au premier week-end d'exploitation, damant le pion au premier épisode du Seigneur des Anneaux. Ce succès auprès du public a été orchestré de main de maître : Benigni a multiplié les apparitions marketing, et les magasins de jouets ont été littéralement inondés de produits dérivés (marionnettes, abécédaires, déguisements). La machine-Pinocchio, produite par Miramax et distribuée par Medusa, a tout du Blockbuster à l'américaine, et se targue pourtant d'être un pur produit italo-italien. Roberto Benigni a refusé de tourner son film aux Etats-Unis avec un casting international, préférant ancrer son Pinocchio à Terni, dans sa Toscane natale, et travailler avec des acteurs exclusivement italiens : "Je suis fier de porter à travers le monde cette histoire italienne, on ne peut plus italienne, avec tous les sentiments italiens". Choisi pour représenter l'Italie à la cérémonie des Oscars, le 23 mars, le film n'a cependant pas été retenu pour les nominations. Qu'à cela ne tienne : le film s'enracine - déjà ! - dans l'histoire mythique du cinéma italien. La légende rapporte que Federico Fellini appelait Benigni "il Pinocchietto", son petit Pinocchio. Benigni enfonce le clou fellinien en confiant à La Reppublica: "C'est mon Otto e mezzo, en exagérant un peu ; Pinocchio est le film le plus autobiographique de ma vie ".
Cependant, la critique n'a pas suivi l'engouement du public et du réalisateur. La sortie en Italie a même causé une vive polémique. A l'heure où Nanni Moretti s'engage en tant que citoyen, en prenant la tête des "Girotondi" contestataires ; où Umberto Eco invite les italiens à boycotter les entreprises (presse, édition, télé) dirigées par la Fininvest de Berlusconi ; où les magistrats s'allient aux cinéastes pour proclamer : "Resistere, resistere, resistere", artistes et intellectuels de gauche se sont sentis trahis par Benigni. Le réalisateur, qui s'est fait connaître en tant que comique de gauche (son one-man-show de 95-96 cumulait les blagues anti-berlusconiennes), a fait distribuer Pinocchio par Medusa, société affiliée à l'empire financier du Président du Conseil. Le réalisateur s'est justifié : "Berlusconi est un marchand, moi un artiste libre ; je pense m'être bien comporté". Gros mensonge pour un piètre film.
Pinocchio
de Roberto Benigni
(Italie, 2002, 1h45)
Avec Roberto Benigni, Nicoletta Braschi, Carlo Giuffrè, Kim Rossi Stuart ..
Sortie nationale le 26 mars.
Filmographie de Roberto Benigni
Acteur
Berlinguer, ti voglio bene, de Giuseppe Bertolucci (1977)
Clair de femme, de Constantin Costa-Gavras (1979)
Chiedo asilo, de Marco Ferreri (1979)
Down By Law, Jim Jarmusch (1986)
La voce della luna, Federico Fellini (1990)
Night on Earth, de Jim Jarmusch (1991)
Le fils de la panthère Rose, Blake Edwards (1993)
Asterix et Obelix contre César, de Claude Zidi (1999)
Réalisateur
Tu mi turbi, 1983
Non ci resta che piangere, avec Massimo Troisi, 1984
Le petit Diable, 1988
Johnny Stecchino, 1991
Le Monstre, 1994
La vie est belle, 1997 (grand prix du Jury à Cannes 1998, Oscar 1999 du meilleur film étranger et du meilleur acteur)
Pinocchio, 2002
One man show
Tutto Benigni 1983-86
Tutto Benigni 1995-96
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