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L’éclatement de Grindhouse en deux longs métrages aura permis une évaluation conjointe et séparée de Quentin Tarantino et Robert Rodriguez par rapport au projet. Le concept initial, hommage vintage au double programme qui par son principe et dans l’industrie hollywoodienne s’inscrit comme une tentative digne de l’art contemporain, se distingue et se révèle encore mieux par son démantèlement.

Le rapport de Robert Rodriguez est différent. Son Planète Terreur est autrement littéral et finalement plus fidèle à l’idée d’un hommage à ces séries B et surtout Z qui ont bercé la jeunesse du cinéaste. Le segment est même si éloigné de Tarantino que sa version longue force à le considérer comme une entité séparée de ce corps siamois qu’a été Grindhouse (et que finalement nous n’avons jamais connu). Sans son grand frère, Planète Terreur ressemble à un film de Rodriguez, avec ce qu’il faut en plus d’effets vintage pour rappeler qu’il s’agit d’abord de rendre hommage. Plongeant sans complexe dans le cinéma d’exploitation des années soixante-dix et quatre-vingt (surtout), de Romero à Carpenter (principalement), Rodriguez s’invite donc côté zombies, dans un délire gore invraisemblable où la seule logique qui tienne réside dans la surenchère. Ici tout est prétexte à l’excès, aux démembrements, à un grand étalage de boyaux, à enchaîner les fusillades impossibles, avec Rose McGowan en poupée érotique à qui Rodriguez coupe une jambe pour la remplacer par un gun. Planète Terreur est une fantaisie crados digne d’un comic book, aplatie, sans relief, se suivant sans temps mort, avec ce qu’il faut de plaisir coupable et décomplexé.

Ce régime d’intensification (plus gore que chez Romero, plus d’action que chez Carpenter, etc.), archi visible dans Planète Terreur, permet ainsi de mieux situer Rodriguez. Sa logique de reprise, d’imitation, qu’il défait constamment en remplaçant la citation par une économie de l’ébullition qui le singularise. Si dans Grindhouse le cinéaste est donc le corps, c’est parce qu’il entretient un rapport primitif, voire trivial ou naïf, avec le cinéma (en plus que dans Planète Terreur le corps est le centre de tout, déformation, amputation, etc.). Ce lien, non pensé, et qui ici comme ailleurs invente un cinéma superficiel, sorte de transfiguration nulle (contrairement à Tarantino), crée un autre type de projet hybride propre à Grindhouse. Un objet à la fois fidèle, répondant scrupuleusement à sa commande, au concept, à une connivence (les acteurs de seconde zone que les amateurs reconnaîtront), et qui en même temps par ses moyens et excès démontre un savoir-faire qui le resitue dans sa propre modernité. De tous les revival gore (tel Versus de Kitamura), Planète Terreur s’impose comme la meilleure lecture (et non relecture). La vision la plus débridée, immédiate, pulsionnelle, alcoolisée, où l’unique réflexivité tient dans un rapport profane aux images. Un cinéma strictement spectaculaire sans conséquences.
Planète Terreur
Un film de Robert Rodriguez
Avec Rose McGowan, Freddy Rodriguez et Josh Brolin
Sortie en salles le 14 août 2007

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