Plus tard, tu comprendras de Amos Gitai


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Fantômes du passé



En adaptant un livre de Jérôme Clément, Amos Gitaï enrichit sa filmographie d'une nouvelle réflexion sur la mémoire, la judaïté et la Shoah. Poignant, Plus tard tu comprendras bénéficie de la prestation d'un vibrant carré d'as français: Hyppolite Girardot, Jeanne Moreau, Dominique Blanc et Emmanuelle Devos.
Dans le labyrinthe du Mémorial Juifs de Paris, Victor semble perdu, dos au Mur des noms, cerné par le doute. A quarante ans, cet énarque français commence à fouiller son passé, ce passé opaque que sa propre mère Rivka, d'origine juive-russe, s'obstine à lui voiler depuis des années. Comme le livre de Jerôme Clément dont il est inspiré, Plus tard tu comprendras raconte la quête personnelle et historique d'un homme en pleine crise d'identité. Qui étaient ses grand-parents maternels, dont Rivka ne parle jamais ? Que s'est-il passé pendant l'occupation ? Et pourquoi sa mère ne lui a pas dit qu'ils étaient morts à Auschwitz ? Amos Gitaï poursuit son questionnement sur la mémoire et la Shoah, en mettant aux prises un fils à ses racines judaïques oubliées. Et c'est bouleversant.

Fonctionnant comme un ample cheminement à rebours, une valse funèbre illustrée par de longs plans séquences en travellings, le film est jalonné par les intenses face-à-face entre Rivka (Jeanne Moreau) et Victor (Hyppolite Girardot, remarquable). Bras de fers tendus mais stériles qui s'achèvent systématiquement par une fuite de la mère, un refus de mémoire, et un fondu en noir. Elégante malgré le peu de moyens de cette production télévisuelle, la superbe mise en scène de Gitaï met l'accent sur la parole, les silences, les regards, le jeu des acteurs, suggère plus qu'elle ne dit, et ne s'embarrasse finalement que d'un flashback de l'époque nazie, subtilement intégré à la fluidité de l'ensemble. L'Etat peut-il, plus de soixante ans après, indemniser les souffrances de l'Holocauste? Assurément non, comme l'exprime le réalisateur israélien, lors de la cinglante scène finale. Seule la mémoire des disparus, incarnée ici avec sobriété par l'impressionnante Jeanne Moreau - impénétrable derrière son masque de rides - peut et doit s'exprimer, sans cesse, de génération en génération. Un drame juste et intense, hanté par les fantômes de la Shoah.

Plus tard tu comprendras
De Amos Gitaï
Avec Jeanne Moreau, Hyppolite Girardot, Dominique Blanc
Sortie en salles le 21 janvier 2009

Illus. © Pierre Grise Distribution

Eric Vernay

Le 19 janvier 2009
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