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Né en 1912, issu d'un milieu prolétarien, Pollock se met à étudier la peinture dès sa seizième année. Ce n'est qu'en 1941 que son travail commence à être remarqué, à l'occasion d'une exposition dans la galerie Art of this Century appartenant à Peggy Guggenheim. A cette même date, il rencontre Lee Krasner, celle qui deviendra sa femme et qui l'aidera dans la souffrance à lutter contre son alcoolisme chronique. Car, depuis 1936, ce mal le ronge, lui en qui alternent crises d'apathie et périodes d'effervescence créatrice. La consécration définitive, tant critique que populaire, arrive en 1949 avec un article du magazine Time qui lui est entièrement consacré. Puis, supplanté aux yeux des collectionneurs par une nouvelle vague d'artistes œuvrant dans l'expressionnisme abstrait, se sentant oublié et incompris, il sombre définitivement. Dès lors, il se laisse gagner par la boisson, ne peint presque plus et meurt au volant de sa voiture, un soir de 1956, emportant avec lui sa maîtresse Ruth Kligman. Le film est le récit linéaire de ces quinze dernière années. La seule distorsion temporelle se situe en son début. Pour mieux marquer la chute des dernières années, il s'ouvre sur l'apogée de l'artiste, l'image d'un Pollock auréolé de gloire, entouré d'admirateurs, mais, comme toujours, en inadéquation avec la société qui l'entoure.
La puissance discrète et indéniable de cette biographie est de creuser cette incapacité à vivre avec l'autre, à jouer le jeu social suivi par tout un chacun. Il montre le handicap de cet homme dont la survie passe par sa seule peinture. S'attardant sur le début des années 40, ponctué de séjours en hôpital psychiatrique et de fugues durant lesquelles il se clochardise, il décrit ce qui se rapproche d'une grave psychose maniaco-dépressive. Il en profite pour tisser un lien entre cette difficulté d'être au monde, l'amour et la création. La passion que Lee Krasner voue à Pollock mais aussi l'attention que lui porte son frère lui permettront, un temps, de trouver la voie du salut. Cet amour reçu, il ne le retourne pas, ou si peu. Egoïste, il s'enferme dans une forme de vanité. Mais, ces sentiments qu'on lui accorde, dénués de toute attente sociale, le ramènent dans la vie. Pas celle des dîners mondains, où il se permet de pisser dans les cheminées, ni des expositions ou des réunions de famille. Non, ils l'accompagnent vers la création, dans cette tension intérieure qui se projette sur la toile. L'art est alors, pour celui qui en exécute le geste un moyen de revenir au monde, d'y renaître en quelque sorte. La peinture est alors initiatrice de mouvements. L'artiste si longtemps paralysé peut de nouveau se mettre à bouger et investir la vie. C'est cette élan qu'Ed Harris a réussi à capter, à capturer même tant la chose est sauvage.
S'il prend le temps de représenter, de manière a priori conventionnel mais non sans grâce, Pollock face à la toile blanche, s'il montre comment, à l'occasion d'une commande émanant de Peggy Guggenheim pour une peinture murale, il s'invente un nouveau style qui débouchera sur le « dripping », cette technique où la peinture est répandue par un bâton ou une boîte percée sur une toile posée au sol, il le fait pour remplir son contrat de biographe mais pas uniquement. Ces moments lui permettent également de libérer le corps de son personnage. Sa main, son bras, son buste retrouvent leur coordination. L'espace qui alors l'entoure, s'il est entièrement aspiré par la toile comme par un trou noir, n'en redevient pas moins un contenant plein d'intensité. De nouveau, l'air est respirable et les sens se tournent vers l'extérieur. Malheureusement, dès que cet instant précaire, littéralement en équilibre, se fissure, l'alcool se fraye un chemin. Jusqu'au jour où le corps manque de force pour se reprendre, où l'amour ne suffit plus ou n'en peut plus; et l'esprit se laisse définitivement envahir par la nuit.
Fin 2002 sortait sur les écrans de France Ivre de femmes et de peinture, un film de Im Kwon-taek. Centré sur un peintre non conformiste de la fin du XIXe siècle, il exaltait, par une sorte d'hédonisme, l'existence au prise avec la nature, les éléments et le temps qui passe. Son titre pourrait tout à fait convenir à ce premier film. Mais là où le Coréen chante le monde, l'Américain souligne le difficile chemin qu'il faut suivre pour en être. Il ne dit pas que c'est impossible. Il énonce juste, avec pudeur et honnêteté, la douleur que vivre implique pour soi et pour les autres.
Pollock
Réal. : Ed Harris
Avec : Ed Harris, Marcia Gay Harden, Amy Madigan, Jennifer Connelly, Jeffrey Tambor, Val Kilmer.
USA, 2002, 2h03.
Sortie nationale le 10 septembre 2003
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