Public Enemies de Michael Mann


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Bye bye blackbird



Avec Public Enemies, Michael Mann poursuit les expérimentations de Miami vice en plongeant dans une mythologie américaine, et livre un diamant brut, sublime, violent et romantique.
Bien que controversé, Miami vice nous avait laissés sur les genoux, traumatisés et sidérés par l'une des œuvres les plus puissantes de cette décennie. Aujourd'hui, le film apparaît comme une étape dans la filmographie de Michael Mann. Une étape dans la continuité de Collateral (film pivot du basculement au numérique), marquée par un radicalisme valant autant pour Mann que le cinéma américain. Le très attendu Public Enemies, retraçant les derniers moments du mythique John Dillinger, son histoire d'amour avec Billie Frechette et sa confrontation avec Melvin Purvis, homme de main de J. Edgard Hoover, en pleine dépression post 1929, est à situer dans le prolongement parfait de Miami Vice. Il est animé des mêmes ambitions esthétiques, de la même volonté d'affirmer et simplifier le trait afin d'atteindre une épure si extrême et condensée qu'elle touche au minimalisme et l'abstraction. Depuis le passage à la HD, Mann délaisse en effet toujours plus le scénario pour se focaliser totalement sur la mise en scène. Et Public Enemies ne déroge pas à cette nouvelle ascèse. A l'image de Miami Vice, le récit est desséché, réduit à l'essentiel : une série d'articulations autour desquelles Mann construit, taille, avec une finesse et une force inédites, ce qu'il a toujours montré, des hommes en action, au travail. D'un côté le FBI et ses nouvelles techniques, de l'autre les gangsters de Chicago en pleine starification. Soit la traque, des braquages, des poursuites, des fusillades et de rares interludes.

Cristallisation

Forgé à partir de la figure réelle de John Dillinger et l'ensemble fictif dont il fut le contemporain sinon la source d'inspiration (les films de gangsters des années 30, produits majoritairement par la Warner), Public Enemies ne doit rien aux relectures du genre par Scorsese et De Palma. Mann n'offre pas sa version du film de gangster en costume. En s'engouffrant dans cette époque avec Dillinger, il n'a pas cherché à reproduire, moderniser ou adapter son cinéma au genre, tout en payant son tribut cinéphilique, il a cristallisé une mythologie américaine. Les images de Public Enemies ont comme celles de Miami Vice un puissant vernis graphique. Sauf que celles-ci semblent désormais une fétichisation jusqu'au-boutiste, maniaque, d'un album photo et filmique emprunté à l'identité esthétique de l'époque. Chaque plan de Public Enemies dessine et sublime ainsi la carrosserie des voitures, la coupe d'un pardessus, le pli d'un chapeau, la forme d'une mitraillette. Comme si chaque objet, costume, décor ou figure apparaissait pour la première et dernière fois, révélé dans son essence, ciselé dans un entre deux inédit où la HD redéfinit les contours acérés et expressifs d'un nouvel impressionnisme. Mann ne fait pas hommage, il invente à partir de ce dont il se documente tout en introduisant l'idéalisation du cinéma comme un élément contaminant la réalité du film.

Cold love

Ce travail obsessionnel sur la forme et le détail, jusqu'au moindre accessoire, est connu chez Mann. Mais depuis Miami Vice et avec Public Enemies, il prend des proportions lui permettant de se reposer sur une expression très tendue et synthétique du moindre élément. Ainsi, ici, chaque personnage est décrit en quelques traits et seule l'action détermine sa psychologie, sa logique, ses motivations. Celle de Mann à filmer Dillinger part de son histoire d'amour avec Billie Frechette, non de son duel parallèle avec Melvin Purvis. Public Enemies retrace donc la destinée sentimentale d'un homme qui dans les années 30 est un gangster héroïque, populaire, charismatique et séduisant. Cette place importante laissée à la femme, comme objectif principal du personnage, son salut, sa quête d'un avenir meilleur et impossible le conduisant à sa perte (proche en cela du Solitaire, Heat et Miami Vice), se veut l'axe central de Public Enemies. Seulement, et c'est le seul point faible, cette romance s'impose difficilement. Elle devrait être un flux tendu irriguant chaque scène d'une passion en danger, mais la faute sans doute à des coupes, et surtout Marion Cotillard qui a beau faire des efforts, n'a pas le niveau, cette love story est froide comme la porte d'un coffre fort. Johnny Depp, beau et idéalement impénétrable, donne le change, mais l'alchimie ne prend pas sur la durée ; l'amour c'est mieux à deux.

Outsider

Abstraction faite de ce problème sentimental, Public Enemies évolue à un rythme sourd laissant la fausse impression que rien ne décolle. Alors qu'il progresse, par fulgurances et blocs, sans gras, ponctué de fusillades stylisées déchirant le cadre et la bande sonore de trouées lumineuses et de déglutitions métalliques. Mann ne compose pourtant pas une fresque flamboyante, et il n'a peut-être même pas voulu faire un film de gangsters. Comme en témoigne la lutte entre Dillinger et Purvis, Public Enemies tient presque du western crépusculaire. Ce dernier (Christian Bale, idéal), homme de main froid piloté par Hoover au moment où celui-ci modernise le FBI, permet à Mann de montrer la construction d'un puissant réseau de contrôle. Avec lui, la réalité bascule : désormais quadrillée, policée, administrée, virtualisée, elle précède le monde mouvant mais hyper surveillé de Miami Vice. De son côté Dillinger, par son insoumission, incarne une liberté en voie d'extinction. A l'image du Billy the Kid de Peckinpah, il est le dernier héros révolutionnaire malgré lui d'un pays où la carte va bientôt remplacer le territoire. Mann montre toutefois les deux côtés de la médaille : si la justice s'organise, le crime aussi. Face à une mafia développant également son réseau, Dillinger est définitivement l'outsider d'une époque finissante dont il est le dernier symbole. L'homme de nulle part, sans frontières, s'offrant la liberté suprême de visiter le QG de son ennemi, les bureaux du FBI.

Lignes droites et postérités

Public Enemies est enfin et d'abord un film de Michael Mann. C'est-à-dire un drame géométrique. Comme tous ses personnages, Dillinger et Purvis sont des lignes droites tentant d'inventer et d'inscrire leur place dans le monde en supprimant tout ce qui empêche leur trajectoire de s'imposer pleinement. Chez le flic, c'est la réalisation du projet un peu fasciste de Hoover et l'élimination des gangsters menaçant son exécution. Pour Dillinger, il y a deux trajectoires. Une qui échoue : son histoire d'amour avec Frechette, dont découle une mélancolie devant l'impossibilité de réaliser un absolu fantasmatique. L'autre qui réussit : assassiné à la sortie d'une projection de L'Ennemi public n°1, Dillinger a laissé sa trace dans l'Histoire par son destin écranique. Il est devenu un héros du peuple (belle scène presque muette et onirique au montage elliptique où la foule l'acclame), et sa vie inspire le cinéma, loisir des victimes d'une crise dont il fut le vengeur et le symptôme. Mann filme ainsi sa mort avec une surenchère d'effets (variation de lumière, couleurs, ralentis), pour donner au personnage un moment de grâce à l'image de son mythe. On comprend alors pourquoi Mann choisit le camp de Dillinger, son héros aristocratique emblématique : comme lui, sa postérité est du côté de l'image, du cinéma. Public Enemies est un chef d'œuvre personnel, abstrait, dense et violent, au romantisme noir et glacé.

Public Enemies
De Michael Mann
Avec : Johnny Depp, Christian Bale, Marion Cotillard
Sortie en salles le 08 juillet 2009

Illus © Universal Pictures International France

 

Jérôme Dittmar
Le 06 juillet 2009

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Casting de Public Enemies

Réalisateur : Michael Mann
Avec : Johnny Depp, Christian Bale, Marion Cotillard, Billy Crudup, Leelee Sobieski, Emilie de Ravin, Giovanni Ribisi, David Wenham, Stephen Dorff, Lili Taylor, Carey Mulligan, ...



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