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Rêverie macabre et fable sur la culpabilité, Quatre nuits avec Anna marque le retour du cinéaste Jerzy Skolimowski, qui livre à la face du monde une oeuvre aussi troublante qu'irradiée d'intimité.
Adulé par plusieurs cinéastes américains (David Cronenberg l'a dirigé en guise d'hommage dans Les Promesses de l'ombre, comme l'avait fait Tim Burton dans Mars Attacks !), le polonais Jerzy Skolimowski n'avait plus réalisé de film depuis 17 ans. Figure majeure du renouveau cinématographique d'Europe orientale dans les années 1960, le cinéaste passe pour un monument, voire une ombre tutellaire figée dans le marbre. La sélection de Quatre nuits avec Anna à la Quinzaine des réalisateurs 2008 était-elle une façon de commémorer l'anniversaire de la manifestation ou traduit-elle la reconnaissance d'un talent toujours vivace ?
Le récit suit Leon, homme solitaire employé dans l'hôpital d'une petite ville de Pologne qui, après avoir assisté au viol d'une jeune femme, est saisi d'un vertige identitaire qui le pousse à espionner la victime, puis à s'introduire chez elle.
Le film étonne d'abord par sa construction en puzzle, qui contraste avec la précision chirurgicale des plans et la splendeur de la photographie. Puis il impose avec autorité son humilité tragique, qui ne juge personne, préférant s'immerger dans le quotidien d'une conscience troublée, guettant les gestes et les réactions d'un adulte qui semble s'éveiller à lui-même pour la première fois. Le trouble du film vient de ce qu'il dessine, parallèlement à la chute sociale d'un homme, son irrésistible accession à la grâce.
Une scène expose puissamment ce décalage et cette impossible concordance des temps : s'introduisant sur les lieux déserts d'un anniversaire terminé, Leon met de la musique et déguste les restes, comme s'il ne pouvait vivre que dans l'après, en marge du monde et loin des regards.
Avec son personnage principal quasiment muet, Four nights with Anna choisit de revenir aux origines éclatantes d'un art pantomimique, facon judicieuse pour Jerry Skolimowsky de réinvestir la noirceur du monde, aprés 17 ans de silence.
Four nights with Anna
De Jerzy Skolimowski
Avec Artur Steranko, Kinga Preis

Illus. © Les Films du Losange