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| . | Les critiques Cinéma |



L'ensemble manque d'unité. Le récit avance par blocs, par à coups, sans jamais trouver son rythme. Mais, par là, on sent la volonté de s'affranchir d'une psychologie traditionnelle, de ne pas soumettre la narration à l'évolution intérieure des personnages. Angel brouille les pistes en multipliant les centres d'attention. Elle freine l'identification, empêche l'empathie. L'objectif est d'atteindre le mythe. Il s'agit d'unir le réel de la terre au merveilleux de l'esprit. Les scènes d'ouverture semblent tout droit sortir d'un livre d'enluminures. Elles sont la version idéalisée d'un événement passé et hypothétique. Puis survient ce qui paraît être la réalité, mais qui en fait n'est peut-être qu'un rêve, un monde de mort et de sang mais aussi d'enchantements. L'humanité y est bestiale. A tel point que le titre du premier film de la réalisatrice aurait pu être réutilisé. Néanmoins la nature qui sommeille en chacun prend des formes surprenantes. Le dragon rouge est en fait un chevalier errant, triste d'un désespoir enfoui, du nom de Guillaume de Montauban. Pour avoir subi l'épreuve du feu en sauvant des flammes Raoul de Ventadour, son corps fut marqué à jamais. Sa cotte de mailles s'incrusta dans sa chair et devint une seconde peau. La bête de légende n'est que le symbole de la rage dormant en son cœur. A l'inverse, son ami Raoul est homme et animal. Chaque nuit, supplicié, il se change en sanglier. La première de ces transformations fait basculer l'œuvre dans le surnaturel. Elle s'accomplit par l'ellipse et la stylisation, sans afféterie. Seul entre en compte le montage, l'outil primitif du cinéma.
Cette fusion entre l'homme et la nature est un mariage délicat à obtenir. La force de la mise en scène est donc d'y parvenir par une sorte de brusquerie, de brutalité. A chaque instant est soulignée la pesanteur qui règne sur toute chose. Les paysages alternent forêts à la dense arborescence, obscures, étouffantes, et hauts plateaux cernés de pics où semblent dormir des châteaux et des monastères écrasés par le vide. La mission - délivrer Hugues de Pertuys des mains du brigand Mespoulède - qui guide Guillaume de Montauban et ses acolytes de rencontre, Raoul, Félix, un adolescent fasciné par le chevalier, et la nonne Gisela Von Bingen, les conduira naturellement au bord de la mer. Cette eau ne sera pas pour autant le chemin vers une quelconque délivrance. Par son étendue et sa puissance, elle s'affronte à l'élément solide et en souligne le poids physique. Tout pèse sur l'homme qui ploie, chute, se cogne. La fatigue le gagne. Elle culmine dans le duel final qui oppose Mespoulède à Guillaume. Les épées sont des masses, les armures des carapaces. Les genoux plient sous les coups et la lassitude. L'épuisement s'éternise. On ne saisit plus le temps qui passe. Alors tout se termine mais rien n'est vraiment conclu. Des gens sont morts, d'autres continuent à vivre, peut-être seulement dans la légende, et les passions persistent, contenus par l'opacité des êtres.
Film d'aventures, récit initiatique, romance et même western, Rencontre avec le dragon voudrait être tout cela à la fois. Il a pour lui une richesse malheureusement mal canalisée. Certaines scènes risquent de s'effondrer sous le ridicule, faute d'être portées par une vraie magnificence. Le handicap d'Hélène Angel est peut-être là. Elle a le talent d'enfermer les choses dans leur pesanteur. Mais, ensuite, elle ne sait pas les en délivrer. La spiritualité qui devrait suinter de certains gestes, les élever, ne parvient pas à s'exprimer. L'apparition sur la plage du pape entouré de sa cour, si elle évoque Fellini, n'est que pompe sans contenu. Devraient s'y mêler le grotesque et le religieux. Mais seul est sensible ce que l'on voit, l'insolite des costumes, et rien de plus. C'est insuffisant. La réalisatrice ne réussit pas à conférer à son film une réelle dimension spirituelle et onirique. Il faut néanmoins encourager son geste. Car, en ces temps mornes de films aseptisés, d'images interchangeables, plates, inexistantes, manquant de relief par trop de virtuel, Hélène Angel propose de l'originalité, un objet biscornu, pas toujours plaisant mais plein de sève. La chance sourit aux audacieux, dit-on. C'est tout le mal que nous lui souhaitons.
Rencontre avec le dragon
Réal. : Hélène Angel
Avec : Daniel Auteuil, Nicolas Nollet, Sergi Lopez, Emmanuelle Devos, Gilbert Melki, Titoff.
France, 2003, 1h49.
Sortie nationale le 07 août 2003
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