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Encore une histoire de fantôme japonais fâché et de mémoire en souffrance ? Oui, et pourtant, Kiyoshi Kurosawa se livre avec Retribution à une réinterprétation touchante et belle de ses précédents opus, et désormais classiques, Cure et Kaïro. Un exercice stylé qui offre plus qu’il n’y paraît.
Chaque été nous livre son lot de fantômes japonais, et cette année, nous avons même droit à une trilogie spéciale, intitulée Jap’horror, où l’idée de remake est déclinée sous trois formes. Avant le remake de Kaidan par Hideo Nakata et l’histoire du tournage d’un fait-divers qui vire au cauchemar dans Réincarnation de Takashi Shimizu, nous avons donc droit à ce très onirique Retribution du spécialiste en la matière fantomâle, Kiyoshi Kurosawa. S’inscrivant au croisement de ses précédents films Cure et Kaïro, ce nouvel opus joue les effets de miroir et de dissonance avec un art certain de la retenue. On retrouve ainsi une nouvelle fois Koji Yakusho, acteur fétiche du cinéaste, dans le rôle d’un inspecteur usé, à la recherche d’un tueur en série qui noie ses victimes dans de l’eau salée. Sur la première des scènes de crime, il trouve un indice qui le renvoie… à lui-même. Alors que la victime lui semble une parfaite inconnue, il commence à souffrir de visions, parmi lesquelles celle d’un fantôme, une femme habillée en rouge qui semble le poursuivre.
Bien sûr, les figures imposées du genre nous sont désormais plus que familières. Le fantôme porte de longs cheveux noirs, avance lentement mais implacablement, et semble flotter dans l’air. Mais, loin d’une énième résurrection de Ring, Kurosawa signe un film très personnel et envoûtant. Malgré les apparitions de Kaïro, le fantôme central de Retribution se rapproche plutôt du personnage mystérieux de Cure, puisqu’il pose une énigme liée à un homme en particulier, et questionne la mémoire. Si le thème du passé mal digéré est propre à toute cette nouvelle vague de films d’horreur asiatiques, Kurosawa entraîne son récit vers une méditation bien plus profonde. L’horreur pure n’est ainsi pas du tout son souci : le film n’abuse d’aucun effet terrifiant, joue le hors champ, les effets d’ombres, et avance à contre courant, puisque les apparitions ralentissent brutalement le rythme du film au lieu de l’accélérer. Car son fantôme à lui n’est pas là pour nous faire frémir de terreur, et il ne poursuit l’inspecteur que pour lui offrir le pardon. Une véritable créature divine, qui offre la rédemption, rappelant par là qu’un crime, oublié, à bien dû être commis. Et que l’horreur, bien réelle, est finalement ce que chacun apprend à cacher.
Tout le film tourne ainsi autour d’une image mystérieuse, un vague souvenir de l’inspecteur, qui lui revient après les apparitions du fantôme. Une véritable image-écran, à la fois un résidu de mémoire, donc de vécu, et une construction mentale, donc un mensonge, qui masque le souvenir exact. Avec l’œil d’un peintre, Kurosawa dessine des tableaux fantastiques, où se déploie un onirisme morbide et angoissant, qui travaille plus que jamais le rapport entre souvenir et image. Pas étonnant qu’une des scènes les plus fortes nous montre un homme se faire aspirer dans une bassine par le fantôme, car coupable de n’avoir pas su lire son propre reflet dans l’eau. Comme chez Cocteau, le fantôme de Retribution a le pouvoir de franchir le miroir, il appartient au reflet, comme au souvenir. Car, si la mémoire peut se faire ses propres films, Kurosawa n’oublie pas qu’elle est avant tout hantée.
Retribution
De Kiyoshi Kurosawa
Avec Koji Yakusho, Manami Konishi, Jô Odagiri
Sortie en salles le 29 août 2007

Illus. © Metropolitan FilmExport