| 1 | Twilight - Chapitre 2 : tentation |
| 2 | 2012 |
| 3 | Le Concert |
| 4 | Trésor |
| 5 | Le Petit Nicolas |
| 6 | Rapt |
| 7 | L'Imaginarium du Docteur Parnassus |
| 8 | L'Homme de chevet |
| 9 | A l'origine |
| 10 | Micmacs à tire-larigot |
| . | Vincere |
| . | Le Drôle de Noël de Scrooge |
| . | Capitalism : A Love Story |
| . | Le Vilain |
| . | Zombieland |
| . | Hadewijch |
| . | Une Affaire d'Etat |
| . | Kinatay |
| . | Les critiques Cinéma |



Le point de départ du film, comme tout bon film fantastique qui se respecte, est réaliste. Chaque matin, Katie (Alexandra Lamy) descend de son HLM miteux, place sa gamine Lisa à l'arrière de son scooter, la dépose à l'école, puis va à l'usine. Elle vit seule depuis que le père de Lisa est parti. Morne et répétitive, sa vie s'illumine un peu le jour où elle rencontre Paco (Sergi Lopez), un type simple aux yeux rieurs qui lui redonne du courage, et très vite, un enfant. Ricky. Un bébé rieur lui aussi, mais monstrueux... Cette première partie du film, elliptique et très juste, évoque le réalisme social typique d'un Ken Loach. Ozon prend le temps nécessaire pour installer un climat, des personnages crédibles : soit une cellule familiale moderne, recomposée, dont l'équilibre est menacé par la naissance d'un enfant. Un schéma classique au cinéma, avec lequel Ozon va jouer en permanence pour amener le spectateur vers l'invraisemblable transformation du poupon.
Ainsi, le ridicule absolu est évité. L'angoisse des parents face à une naissance, leur émerveillement, puis le retranchement de la mère aux côtés de son enfant, se traduisant par la jalousie de la sœur, et la mise en retrait du père... Tous ces lieux-communs trouvent à s'illustrer, puissance mille, en présence de Ricky. On passe très vite de l'horreur au rire. Horreur de la parano maternelle : quand des bleus apparaissent sur les omoplates de l'adorable blondinet, Paco est immédiatement soupçonné d'avoir battu son fils, et exclu de l'oppressant appartement familial. Et rire devant le spectacle du bébé qui s'envole pour la première fois, tel un oisillon dans sa chambre peinte en bleu ciel. Katie devient gaga de son petit, comme toute bonne maman s'émerveillerait d'un premier pas ou d'une première dent. Les dialogues, acidulés, viennent déniaiser ce conte avec bonheur. « Il ressemble à un ange ! » s'exclame la sœur Lisa. « Plutôt à un poulet, oui ! » répond la mère, moqueuse. De la paranoïa aiguë, on passe à l'instinct maternel le plus banal : Ozon filme Alexandra Lamy sans maquillage, avec tendresse et précision, et conserve un style sobre jusque dans les scènes les plus spectaculaires, comme lorsque Ricky s'envole dans le supermarché, devant les caméras des téléphones portables.
Dans son dernier mouvement, Ricky perd en ironie mordante pour s'égarer dans une poésie artificielle. Le cinéaste s'éternise alors sur le corps d'Alexandra Lamy sans qu'on comprenne bien pourquoi, et file la métaphore de l'émancipation filiale (voler des ses propres ailes, etc) avec une naïveté embarrassante. Mais François Ozon, qui a toujours aimé secouer ses spectateurs (de la déjante de Sitcom à l'âpreté du Temps qui reste), parfois dans la provoc inutile, a quand même le mérite d'avoir osé avec Ricky - et réussi en grande partie - une fable très culottée.
Ricky
De François Ozon
Avec Alexandra Lamy, Sergi Lopez, Mélusine Mayance
Sortie en salles le 11 février 2009

Illus. © Le Pacte
A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z