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Film-cerveau ou la narration en voix-off de Caroline Ducey accompagne intimement la découverte de son corps intérieur, de son acceptation, par toutes formes d'expiations et de passages initiatiques et autres rituels sexuels dits déviants - il faut avoir goûté à la semence de la lune noire dans les égouts pour que l'individuation puisse avoir lieu, que la femme devienne le futur de l'homme, la génitrice universelle et décomplexifiée, passer du statut de putain madonifiée à celui de femme ordonnatrice, de prêtresse démythifiée du nouveau monde. Romance n'en finit pas de fouiller tous les recoins les plus cadenassés de l'âme de son héroïne pour mieux les déverouiller un à un, en une vertigineuse loghorrée analytique de paroles autarciques, sans non-dits, délestées des codes sociaux. Nous sommes plugués in situ dans l'antichambre de la psychanalyse, dans l'espace-temps qui précède et jouxte celui du divan-même et cette promiscuité-proximité de l'âme donne à l'œuvre une dimension et une acuité tout à fait inédites dans le cinéma français actuel
Rien de ce qui traverse l'esprit de Marie - depuis le dégoût inaugural de sa propre chair jusqu'à sa prise de pouvoir, dans l'abandon de la souillure, puis dans l'affirmation de son devenir femme et mère - ne nous est épargné et cette pensée à chaud, instantanée et synchrone avec ce qui est en jeu à l'image, au lieu de devenir un système clos, atteint à l'indicible de la pensée brute. Comme d'autres tuent le père, pour devenir adulte, Marie (Caroline Ducey, réellement incarnée, magique) devra gazer à mort Paul (Sagamore Stévenin, à la fausse beauté de diable, juste et distant à souhait) , l'homme devenu mari , avant qu'il ne devienne père, et sa voix intérieure s'en fera l'écho dans les dernières minutes du film: "On dit qu'une femme n'est pas une femme avant d'être mère, je crois que c'est vrai. Que rien de ce qui s'est passé avant n'a d'importance...J'ai appelé mon fils du nom de son père. S'il y a quelqu'un qui compte les âmes là-haut, ça fait compte égal."
Pour un descriptif salace et une lecture réductrice et sensationnaliste des scènes hot de Romance - la vraie/fausse pénétration avec Rocco Siffredi surmédiatisée comme on pouvait s'y attendre, les séances bondage avec François Berléand, au demeurant fort belles dans leur refus de racolage - je vous renvoie à d'autres critiques et articles, très nombreux, dans la presse généraliste notamment.
Romance
Un film de Catherine Breillat
Avec: Caroline Ducey, Sagamore Stévenin, François Berléand, Rocco Siffredi, Reza Habouhossein, Fabien de Jomaron, Emma Colberti, Ashley Wanninger.
Sortie nationale le 14 avril 1999
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