Romanzo criminale de Michele Placido


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Du plomb dans l'aile



Singeant le style frénétique d'un Martin Scorsese, ce Romanzo criminale tiré d'un best seller a connu un grand succès public en Italie. Mélangeant l'histoire de malfrats sans scrupule avec celle du terrorisme des années de plomb, il échoue pourtant à rendre les complexités de l'une et de l'autre.
Un imitateur talentueux mais sans imagination ne saurait rester autre chose qu'un imitateur. Cette simple équation, Michele Placido semble l'avoir oubliée. Pour sa septième réalisation, le célèbre acteur italien adapte un roman criminel et ne trouve rien de mieux que de le faire « à la manière de ». Si on pense par instants à Il était une fois en Amérique de Sergio Leone, une référence s'impose néanmoins: Les Affranchis de Martin Scorsese. Montage soudainement saccadé, chansons placées opportunément sur les scènes d'action ou de romance, éruptions de violence, autant de tics qui, s'il relève du génie chez le maître italo-américain, dérivent ici vers le système. Pire, le démarquage est si manifeste qu'il en devient, du moins en son début, presque risible.

Romanzo criminale raconte ainsi de façon attendue l'ascension puis la chute d'une bande de petits malfrats partis à la conquête de Rome. Sans foi ni loi, sans scrupule, ils dessoudent tous ceux qui pourraient leur barrer le chemin vers le pouvoir, en l'occurrence la maîtrise du marché de la drogue. Inspiré d'une histoire vraie, le récit court sur une quinzaine d'années, des années 70 au milieu des années 80. L'erreur de Placido est d'avoir omis ce qui faisait la force même du film de Scorsese : les rituels du quotidien, la banalité du même au milieu des crimes les plus ignobles. Ici, loin d'en comprendre le style, il n'en garde que les oripeaux, la surface. La profondeur, Placido la cherche donc ailleurs, dans une caractérisation de personnages qui confine malheureusement souvent au poncif.

Le beau truand au regard froid, la prostitué tiraillée entre le mauvais garçon et le flic qui les poursuit, le psychopathe rusé... Autant de personnages tous plus monstrueux les uns que les autres, que le film tente de nous faire accepter. Mais les procédés utilisés sont si éculés que seule une grande indulgence pourrait nous conduire à en être dupe. Parfois, le mélo n'est pas loin, en particulier quand un des truands commet un acte suicidaire (il s'injecte du sang contaminé par le virus du sida) pour s'évader et rejoindre sa belle.

Aussi ce long film (près de deux heures et demi) se laisserait regarder d'un œil léthargique - quoiqu'ouvert car on y trouve une certaine efficacité dans le mouvement - si ce n'était le surgissement sporadique d'une réalité a priori sans rapport avec le récit principal. L'enjeu de ce Romanzo criminale consiste à croiser deux histoires : celle des truands, telle qu'énoncée ci-dessus, avec celle du terrorisme qui sévissait alors en Italie. De la mort d'Aldo Moro à l'attentat contre le pape en passant par l'explosion meurtrière en gare de Bologne, les grandes dates de ces années noires sont toutes passées en revue grâce à des éléments visuels et sonores, bien réels, insérés plus ou moins avec bonheur dans la trame de la fiction. Le film suggère que cette bande de malfrats fut manipulée de manière occulte par le gouvernement italien pour lutter contre les brigades rouges. C'est son aspect le plus intéressant. C'est également celui qui est survolé avec le plus de désinvolture.

Ecrit par les auteurs du scénario de Nos meilleures années, cette adaptation de Romanzo criminale en présente les mêmes défauts : des personnages de roman de gare pris dans les tourments de l'Histoire sans en être vraiment affectés. Les événements historiques semblent comme planés au dessus d'eux, loin d'eux. Ils surgissent comme alibis à la fiction, jamais comme son moteur. Toute la bonne volonté de Michele Placido n'y changera rien. La superficialité qui domine son film nuit à son acceptation. Et pourtant ce qu'il tente d'énoncer en terme politique est loin d'être négligeable.

Romanzo criminale
Un film de Michele Placido
Italie, France, Royaume Uni - 2h28
Avec : Kim Rossi Stuart, Anna Mouglalis, Pierfrancesco Favino, Claudio Santamaria, Stefano Accorsi, Riccardo Scamarcio.
Sortie en France : 22 mars 2006

Manuel Merlet Le 22 mars 2006
Sur Flu : - Lire la chronique (avec un avis moins sévère) de Nos meilleures années







Casting de Romanzo criminale

Réalisateur : Michele Placido
Avec : Kim Rossi Stuart, Stefano Accorsi, Claudio Santamaria, Pierfrancesco Favino, Anna Mouglalis, Riccardo Scamarcio, Jasmine Trinca, Toni Bertorelli, Luigi Angelillo, Roberto Brunetti, Giorgio Careccia, ...



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