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Dès le premier plan, on sait que ça commence mal. Plus grave, on comprend que le film ne va jamais démentir cette impression de départ et que l'on est parti pour plonger dans l'horreur durant deux longues heures interminables. Sagan reçoit en effet sans difficulté le grand prix de la pire ouverture et surtout de la plus grande défaite esthétique de tous les temps - qui est aussi celle du cinéma français. Pour s'en convaincre, un plan suffit : la photo est d'une laideur inimaginable, tout est gris, délavé, télévisé pour le pire. Douloureuse expérience cathodique d'où vient justement cet affreux biopic de la plus grande romancière française de la seconde moitié du XXème siècle. On nous dit pourtant que Luc Besson l'a tellement aimée, ce biopic, qu'il a voulu le distribuer en salles dans une version remontée. Mais imaginez : Téléfilm France 2, Europacorp, Diane Kurys (11 films en 30 ans, rien à garder) et Françoise Sagan, à la base il y a quelque chose d'incompatible. Le résultat est pire que ce qu'on craignait, toute critique positive de cette chose demande la plus grande méfiance car elle participe au triomphe du mauvais goût et de la vulgarité.
Il y a pourtant tout dans ce biopic : les premiers succès littéraires, la nonchalance existentielle, la vivacité d'esprit d'une femme exceptionnelle éprise de liberté, l'argent qu'on claque, les casinos à Deauville, la maison en Normandie, les voitures de sport, l'insouciance, la tristesse, l'amour, la pudeur, la joie de vivre, la solitude, les médias, les soirées, l'alcool, la drogue, le fisc, les dettes, la mort ; et puis des noms : Jacques Chazot, Bernard Franck, Guy Schoeller, Peggy Roche, Robert Westhoff, Astrid, ses proches, ses amis, ses amants, ses maîtresses. Il y a tout et il n'y a rien ni personne, qu'un digest en accéléré taillé à coups d'ellipses, un bout à bout d'anecdotes piochées dans les grandes lignes du premier papier venu. Platitude, absence de mise en scène, de cadre, d'acteurs : Sylvie Testud dans une besogneuse interprétation mimétique où le travail se voit à chaque plan. Sagan qui ne faisait aucun compromis avec le mauvais goût est filmée sans la moindre élégance, sans le début d'un regard sur elle, et pire, sur son oeuvre. Kurys voudrait retrouver l'amour de la vitesse, la transparence, la pureté des affects, mais tout lui échappe, c'est effrayant, sinistre, vide, du journalisme à peine romancé.
Sagan
De Diane Kurys
Avec Sylvie Testud, Pierre Palmade, Lionel Abelanski
Sortie en salles le 11 juin 2008

Illus. © EuropaCorp Distribution
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