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Saint-Cyr

Critique

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Initiation à l'âge adulte

Saint-Cyr est le nom de l'école fondée par Madame de Maintenon, épouse cachée du roi Louis XIV. Conçue pour accueillir des filles de la noblesse pauvre et en faire des femmes libres, l'école se révèle le prisme des contradictions qui traversent la personnalité de Madame de Maintenon, et à travers elle, le régime.

Le film est constitué de deux parties : tout d'abord l'arrivée des pensionnaires encore enfants, puis leur jeunesse et le passage à l'âge adulte, et la découverte des vicissitudes de l'existence. On a beaucoup parlé du fait que Patricia Mazuy, comme d'autres « jeunes » réalisateurs français présents cette année à Cannes, s'essayait au film en costumes d'ordinaire réservé à une autre frange, plus académique, de notre cinématographie nationale. Dans la première partie, malgré la lourdeur du dispositif (deux cent cinquante petites filles, une armée de gouvernantes, un château) la cinéaste réussit à tirer parti du matériau brut de l'enfance et de la pré-adolescence. Comme dans son premier film Travolta et moi, ou Petites de Noemie Lvovsky, elle donne de cet âge une vision pleine de vigueur et d'originalité.

Les petites filles parlent un patois qui les rend étranges, elles sont sales, voire sauvages pour Lucie, qui deviendra une des figures centrales de la suite. Le contraste avec Madame de Maintenon, représentante de l'idéal à atteindre, est saisissant.
La suite du film développera les rapports qui s'instaurent entre celle-ci et les pensionnaires : sous couvert de les faire devenir des jeunes filles accomplies, elle en fait des courtisanes, jusqu'à les porter, par un brusque virement de bord, au fanatisme intégriste qui la traverse elle-même et s'imprime à tout le royaume. Cette ambivalence du personnage de Maintenon, pris entre sa nature légère et sa soif de rachat moral, est littéralement projetée sur les jeunes filles, qu'elle modèle comme des créatures.

La deuxième partie est une lutte de pouvoir entre Madame de Maintenon et Anne de Grandcamp, réfractaire à cette autorité, sur la personnalité fragile de Lucie. Le thème de l'assujettissement dépasse le cadre historique pour acquérir une dimension psychologique intemporelle. Toutefois certaines longueurs et clichés dans le traitement des personnages de Cour, secondaires ici et déjà traités ailleurs, comme Louis XIV, finissent par conférer au film, malgré l'originalité de son thème et de son traitement, une certaine lourdeur inhérente au genre.

Saint Cyr
De Patricia Mazuy
Avec Isabelle Huppert, Morgane Moré, Nina Meurisse
Royaume Uni / France, 1999, 1h59.

Sur le web :
Judith Lindenberg