| 1 | Twilight - Chapitre 2 : tentation |
| 2 | 2012 |
| 3 | Le Concert |
| 4 | Trésor |
| 5 | Le Petit Nicolas |
| 6 | Rapt |
| 7 | L'Imaginarium du Docteur Parnassus |
| 8 | L'Homme de chevet |
| 9 | A l'origine |
| 10 | Micmacs à tire-larigot |
| . | Vincere |
| . | Le Drôle de Noël de Scrooge |
| . | Capitalism : A Love Story |
| . | Le Vilain |
| . | Zombieland |
| . | Hadewijch |
| . | Une Affaire d'Etat |
| . | Kinatay |
| . | Les critiques Cinéma |



En 1971, Les Nuits rouge de Harlem - titre français de l'original - surfait sur la vague de la Blaxploitation. Le cinéma indépendant réalisé par et pour les noirs américains rencontrait un immense succès auprès d'une communauté de moins en moins minoritaire. Aussi un des studios hollywoodiens eut l'heureuse idée, opportuniste mais fructueuse, de produire un film dont le héros serait un noir puissant et emblématique: John Shaft. Rien à voir avec la docilité un peu servile d'un Sydney Poitier. Shaft était un flic à la personnalité forte s'érigeant en figure de proue d'une communauté qui ne s'était pas remise de la ségrégation. Sous un certaine angle, l'approche était politique, même si le film était produit par des blancs pour un public de noirs.
Trente ans après, John Singleton reprend le flambeau et conserve cette dimension. Il plonge cette figure mythique dans la réalité contemporaine américaine. Autour de lui, la lutte raciale reprend de plus belle. Sous des prétextes de liberté et de droit à la différence, les ethnies se sont repliées sur elles-mêmes et s'affrontent sans répis. Afroaméricains, hispaniques, italiens, irlandais... Les composantes du melting-pot sont loin de se diluer dans une seule et grande pensée unificatrice. La confiance est un vain mot, et chaque groupe a élaboré ses propres règles aux dépens des autres.
Ainsi, quand, un soir, un jeune et riche blanc fracasse le crâne d'un noir qui se trouvait là presque par hasard, sa justice, celle des blancs, fait preuve d'un laxisme édifiant. Selon que vous êtes blanc ou noir, la justice de cour vous rendra innocent ou coupable, c'est du moins ce suggère le film. Heureusement, Shaft est là. Se débarrassant d'une procédure qui l'étouffe et qui lui semble plus favorable au WASP qu'à ses frères de couleur, il démissionne de la police et devient son propre maître. Flic privé, il peut maintenant se mettre en chasse et faire tomber ce nanti qui le regarde avec mépris. Il y réussira bien sûr, au prix du sang et de la violence. Car cet ancien représentant de l'ordre ne prône rien d'autre qu'une justice personnelle, simple et expéditive. Puisque la législation est aux mains des blancs et qu'elle se caractérise par son iniquité, il semble légitime, nous dit le film, de prendre les armes et de se venger soi-même.
L'air est connu, et il y a trente ans, personne n'aurait hésité à qualifier ce geste de fasciste. Souvenons-nous de Clint Eastwood qui était voué aux gémonies pour son interprétation de Dirty Harry. Aujourd'hui, on rit, on s'amuse, on ne se prend pas la tête, et on revendique l'apolitisme. Même ce film qui s'inscrit dans l'actualité la plus brûlante avance avec les atours de l' " entertainment ".
Sourions, puisque ce n'est que du cinéma, nous dit-on. Peut-être, mais ce cinéma-là exalte le meurtre personnel, comme les noirs américains se réjouissaient récemment de l'acquittement d'O.J. Simpson. Que la laideur avance masquée par le bagout de Samuel L. Jackson, acteur qui d'ailleurs jouait récemment dans un autre film aux relents désagréables, L'Enfer du devoir, ne changera rien à son état. Elle restera immonde. Et on peut se demander si ses charmes ne la rendent pas d'autant plus dangereuse.
Shaft
John Singleton
Avec Samuel L. Jackson, Vanessa L. Williams, Jeffrey Wright
Etats Unis, 2000, 1h39.
A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z