Sherrybaby de Laurie Collyer


Critique

Note du film  par la rédaction

Lecteurs

Note du film  par les lecteurs

Votre note

Jamais sans sa fille



Le bon traitement pour la bonne histoire. Un film sans maquillage (ou presque), qui sait comment sonder le cœur de sa protagoniste. Sherrybaby passe par une réalité fictive au fort potentiel dramatique. Fictive, oui. Mais qui sonne juste du début à la fin.

Prix de la critique internationale et Prix du scénario au Festival de Deauville, sélection au Festival de Sundance, nomination meilleure actrice aux Golden Globes pour Maggie Gyllenhaal (alias Sherry)... Voilà un film qui nous arrive avec quelques références, lesquelles s'avèrent vite non usurpées. Parvenant à trouver le juste ton, la réalisatrice Laurie Collyer, une habituée du documentaire, cerne son sujet - une mère qui tente de récupérer la garde de sa fille à sa sortie de prison - sans fard et sans pathos. Ici, ni dialogues grandiloquents, ni performances costumées oscarisantes, ni paillettes, ni lissage photo. Le parler est franc, crédible, jamais trop écrit. Le casting évite habilement les têtes trop connues, les silhouettes de magazine ou les joues rasées de près. Les décors, comme les costumes, ne sont pas là pour nous donner du rêve à moudre. Centrale, présente dans la majorité des plans, Maggie Gyllenhaal affiche certes un corps liane mais comme courbé par le poids de ce qu'elle traverse. Outil de séduction, il est aussi l'objet d'abus volontaires ou subis, et celui que son addiction détruit.

Quant à tomber dans un réalisme sordide, caméra à l'épaule, on repassera aussi. Sobre, Sherrybaby, n'en est pas moins une véritable fiction, filmée avec soin et discrétion, proche des visages, habitée de personnages à la consistance bien sentie. L'intelligence de ne pas trop en faire laisse la place au surgissement d'émotions vraies, jamais forcées. Le scénario ne tombe pas dans les clichés sur la drogue, les mères célibataires, la prison, qui constituent pourtant un vrai piège tant ils sont une solution de facilité. On peut les chercher longtemps, tout comme les traces d'un scénario bateau, de ficelles apparentes, de raccourcis réducteurs, ou une construction grossière ciblant le happy end. C'est Sherry qui imprime le rythme de l'ensemble, avec ses hauts et ses bas, ses espoirs et désillusions, ses courses, ses trips et ses pauses. Comme si Laurie Collyer avait lâché la bride de son personnage pour mieux pouvoir la suivre. A la juste distance.

Sherrybaby
De Laurie Collyer
Avec Maggie Gyllenhaal, Brad William Henke, Sam Bottoms
Sortie en salles le 24 juin 2009

Illus © Zootrope Films

 

Julie Deh

Le 22 June 2009

- Exprimez-vous sur le forum cinéma