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Hédoniste et volontier démonstratif, le nouveau film de John Cameron Mitchell dresse le portrait d'une génération de trentenaires aussi jouisseurs que dépressifs. Je jouis donc je suis : sur un rythme effréné, Shortbus proclame son leitmotiv, illustrations détaillées à l'appui. La liberté se trouve-t-elle dans le libertinage ? Si seulement...
Aujourd'hui à New York, tout le monde ne connaît pas encore l'épanouissement sexuel. Partant de ce postulat bouleversant, John Cameron Mitchell propose avec Shortbus une tentative louable pour aider le spectateur à cultiver son point G. Une telle ambition ne peut que susciter la sympathie, voire l'approbation, surtout lorsque le cinéaste passe de la théorie à la pratique et nous offre les scènes de sexe explicite les plus nombreuses, poussées et joyeuses vues depuis longtemps dans un film non pornographique.
Là où certains cinéastes tentent d'intellectualiser le sexe pour en donner une interprétation cinématographique personnelle et (donc) complexe (Jean-Claude Brisseau, Catherine Breillat, Pascale Ferran, etc...), jusqu'à parfois sembler filmer tout autre chose, Mitchell se pose nettement moins de questions de représentation, et s'amuse à varier les approches : façon film d'action, documentaire ou à la manière de la trilogie de Paul Morrissey, lors de galipettes à trois où l'hymne américain résonne comme jamais. Mais le New York qu'il dépeint n'a rien pour autant d'un univers de partouzards épanouis.
Au contraire, il suit à la fois la quête désespérée de Sofia, qui n'a jamais connu d'orgasme, et d'un couple homosexuel en pleine crise, l'un des deux garçons étant atteint d'un narcissisme morbide et suicidaire. Travaillés par leur libido, il se retrouvent tous au Short Bus, lieu nocturne où tout le monde peut faire l'amour "librement", sous le regard bienveillant de son hôte spectaculaire, Justin Bond.
Si l'incroyable énergie déployée par le cinéaste pour démontrer les bienfaits du sexe, mais aussi le désespoir qui lui est lié (post coitum... animal triste), est assez réjouissante, le récit se révèle très vite, dans sa fonction de pure construction, prétexte à la (dé)monstration du sexe : la solitude et les doutes existentiels de ses personnages sont en effet assez grossièrement amenés. Sofia est une sexologue qui n'a jamais eu d'orgasme - blague du niveau approximatif d'une caserne du sud de la France, et les clichés sur les gays sont à peu près du même acabit. Mais pire encore, le discours même du film semble aller à l'encontre de la pure utopie 70's qu'il réactualise dans un geste nostalgique.
Il est curieux de noter comme cet héritage de la contre-culture, censé prôner l'intensité du présent et la volonté émancipatrice de tout standard pré-établi, devient ici le modèle insurpassable proposé par le cinéaste. Jusqu'à l'emblème même de ces soirées pour nyctalopes, le théâtral et hilarant Justin Bond qui lâche au détour d'une conversation sa nostalgie des 70's : "There was a time when I wanted to change the world, now I just want to crawle out of this room whithout loosing all dignity" (trad.: Il fut un temps où je voulais changer le monde, maintenant je veux juste ramper hors de cette pièce sans perdre toute dignité).
Profondément désespéré et dans le refus du monde actuel, Shortbus se révèle finalement beaucoup moins libérateur, voire libertaire, qu'à ce qu'il n'y paraît. L'orgasme guérit-il tous les maux ? Non, mais il aide à passer le temps. D'une telle philosophie de la vie, on peut éventuellement se contenter, surtout en ces temps de retour généralisé à la censure et au religieux. Mais, à s'enfermer dans son club intemporel où le corps demeure la seule et unique "vérité", John Cameron Mitchell déclare officiellement ne pas avoir la moindre intention de changer le monde, ni même de s'y inscrire. Ses modèles semblent alors bien loin.
Shortbus
Réalisé par John Cameron Mitchell
Avec Sook-Yin Lee, Paul Dawson, Lindsay Beamish
Etats-Unis, 2006 - 102mn
Sortie en France : 8 novembre 2006
Bande annonce (teaser américain):
Sur le Web :
- Pour voir une bande annonce plus longue et plus bavarde, direction le site officiel de Shortbus
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