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Giamatti est la tête, l'intellectuel, le dépressif, le divorcé, l'amateur de vins, l'écrivain qu'on ne publie pas parce qu'il a trop de talent. Aden Church est le corps, le beau gosse, l'impulsif, le futur marié qui cherche l'ivresse, l'obsédé qui pense d'abord par son slip avant de s'apercevoir de son erreur, de son immaturité. L'un et l'autre, comme deux compères antinomiques, se complètent. Ils ont à apprendre de leur mal-être respectif. Payne cherche du lien, il veut exposer des caractères faillibles à aimer comme ils sont, avec toutes leurs fêlures, leurs misères, leurs défauts. Mais il y a quelque chose de trop systématique dans ce développement qui dépasse rarement son scénario. Un goût pour une représentation de la vie sans artifice, dont le réalisme trompeur cache pourtant une manipulation grossière de l'émotion. Un peu téléguidé, infiniment prévisible dans la description des sentiments et des situations (le mensonge qu'entretiennent Giamatti et Haden Church sur le mariage de ce dernier allait forcément provoquer une crise, un basculement), Sideways cherche trop la justesse comme s'il forçait le vrai.
Payne aime laisser planer quelques silences, montrer les sentiments au moment de leur naissance, comme entre Giamatti et Virginia Madsen, elle-même divorcée, amatrice de vin et qui bien sûr déteste le mensonge. Il veut prendre le temps de nous investir avec ses personnages, que l'émotion naisse au diapason des regards et des gestes et on serait bien tenté de se laisser avoir à ce jeu-là. Qu'est-ce qui se cache derrière ce petit voyage entre amis, ces petites galères qu'on expose entre rire et larmes ? Pas grand chose, un sentimentalisme un peu forcé sur des bases trop quelconques pour convaincre. Sans compter ce caractère prétentieux de Payne, caché derrière l'écrivain génial, qui voudrait trop de hiérarchie entre ses personnages, une certaine forme de snobisme qui ne se dit pas. Puis ces interminables discussions œnologiques, légèrement cryptées, finissent par lasser. Remplacer le vin par la mécanique ou l'informatique, et finalement le film sera identique, à quelques nuances près.
Avec Sideways, on en revient sans cesse à ce terrorisme soft de l'empathie envers des caractères pathétiques. Une sorte de chantage à l'humanisme sans échappatoire. Le spectateur est mis en demeure de s'attacher aux personnages, aux caractères, interminable litanie d'un cinéma sans images ni regard, fait uniquement de visages, de prestations, de situations. On aime Giamatti, beau et touchant avec son physique ingrat, ses mimiques exaspérées, sa tristesse romantique de loser, mais à quoi bon ? Le voyage en Californie ? A la rigueur… Les contrastes entre motel, fast food et restaurants gastronomiques qu'on ne sépare jamais vraiment pour montrer l'Amérique dans ses oppositions ? Un peu, mais on savait déjà que si l'Amérique est si belle, c'est parce qu'elle est aussi faite d'un espace virginal devenu territoire habité des contraires de la modernité. Et par ailleurs ? Peu de cinéma à l'horizon. Quelques portraits nuancés à partir d'un guide du parfait loser, et des acteurs plutôt bons. Mais au-delà, il y a peu de choses à retenir de Sideways et de son manuel touristique existentiel.
Sideways
Un film d'Alexander Payne
Etats-Unis, 2004
Durée : 2h05
Avec : Paul Giamatti, Thomas Haden, Virginia Madsen..
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